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Introduction. La politique et les politiques de l’immigration au Québec[Notice]

  • Catherine Xhardez,
  • Adèle Garnier et
  • Mireille Paquet

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La politique de l’immigration renvoie à l’ensemble des manifestations politiques et des conflits en lien avec l’attraction, la sélection, l’arrivée et l’intégration de personnes (im)migrantes – quelle que soit la durée de leur statut – dans la société. Au Québec, l’immigration sous toutes ses formes, réelles ou imaginées, façonne profondément la vie politique de la province et de ses habitants (Paquet 2022). Qu’elle soit de longue durée (dite « permanente ») ou de moyenne ou courte durée (dite « temporaire »), la migration contribue de manière significative à la croissance démographique de la province. En 2024, le solde de la migration internationale a atteint 158 600 personnes – alors qu’il dépassait la barre des 200 000 en 2023 (ISQ 2025, 9). La province traverse une période de réalignement majeur de ses politiques publiques migratoires. Après la pandémie de COVID‑19, l’action publique a été marquée par une ouverture relative attribuable à un effet de rattrapage et des volontés de relance économique (Paquet, Garnier et Tomkinson 2022). Cette phase a cédé la place à un resserrement notable. Dès 2024, plusieurs programmes de sélection d’accès à la résidence permanente (immigration économique ou réinstallation de personnes réfugiées) ont été suspendus. Au niveau de la migration temporaire, des mesures de resserrement, tant réglementaires (notamment pour les travailleurs temporaires) que législatives (projet de loi n° 74 relatif aux étudiants étrangers), se sont multipliées. Ces changements sont fondamentaux alors que, en parallèle, près de la moitié des résidents permanents nouvellement admis au Québec en 2024 avaient déjà obtenu un statut temporaire – contre environ 20 % au début des années 2010 (ISQ 2025, 83). Ces actions et changements se sont opérés à la suite d’une reconfiguration du système partisan qui a culminé en 2018 avec la victoire de la Coalition Avenir Québec (CAQ). Ce parti n’a eu de cesse d’agir en tant qu’entrepreneur politique et s’est démarqué par un interventionnisme notable sur la question migratoire (Gagnon, Xhardez et Bilodeau 2022 ; 2025 ; Xhardez 2022). Ce que Mireille Paquet (2025) caractérise d’« ère de la politisation de l’immigration » au Québec se traduit par un accroissement de la saillance de cet enjeu dans la sphère publique mais aussi par une plus grande polarisation des partis politiques et des élites sur la question (Xhardez et Paquet 2021). En plus d’un débat politique intensifié et souvent émotif, il résulte de cette nouvelle période des changements de politique d’immigration plus fréquents et régulièrement incohérents les uns par rapport aux autres. Au coeur de ces débats, les Québécoises et Québécois issus de vagues migratoires – récentes ou plus anciennes – se trouvent directement interpellés, tant par leur expérience concrète des programmes et dispositifs migratoires étatiques que par les débats publics qui façonnent les représentations de l’immigration et des personnes migrantes. Même si plusieurs dynamiques observées au Québec s’inscrivent en parallèle de l’évolution canadienne ou rejoignent des tendances identifiées dans d’autres sociétés à économie avancée – pensons, par exemple, aux travaux sur le modèle de marché (Gest et Boucher 2018) ou le mouvement vers l’immigration à deux étapes (Coustere 2025 ; Coustere, Bélanger et Fleury 2025) –, il reste indéniable qu’une forme de singularité québécoise persiste en matière de migration (Xhardez et Belkhodja 2025). Cette singularité, souvent analysée en regard de l’« exceptionnalisme canadien » (Trebilcock 2019 ; Triadafilopoulos 2021) ou en comparaison avec le parcours d’autres nations minoritaires (Barker 2015), se manifeste de plusieurs façons : par les pouvoirs étendus qu’exerce le Québec en matière de sélection et d’intégration (en vertu de l’Accord Canada-Québec de 1991) ; par l’influence prégnante de la question nationale et des courants nationalistes sur la …

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