J’ai découvert tardivement les écrits de Jacques Leplat. C’était à l’occasion d’un texte écrit et publié en ligne en 2022 dans lequel les notions de tâche prescrite et de tâche redéfinie m’avaient particulièrement interpellé. Depuis, j’ai parcouru ses autres publications, dont plusieurs sont disponibles en ligne, avec beaucoup d’intérêt. Les textes de Jacques Leplat sont comme les articles disséminés d’une encyclopédie ergonomique : chaque article explore une notion en la faisant résonner dans plusieurs cadres théoriques, sans jamais les hiérarchiser, tout en restituant la pertinence de chacune de ces approches sur la même notion. Par conséquent, ces articles ne sont pas des points d’arrivée ou la restitution d’un état d’achèvement de la connaissance sur un concept, mais des ouvertures vers des recherches potentielles. Jacques Leplat compile, à ce titre, dans ses écrits, davantage à partir de 1997, une somme de connaissances permettant d’outiller la pratique des intervenants ergonomes. Formé aux sciences économiques et de la gestion, je suis particulièrement sensible à cette perspective pratique : les ressources conceptuelles peuvent être examinées pour elles-mêmes et insérées dans un cadre théorique au sein duquel elles font système. Cette cohérence théorique est importante pour les chercheurs. Elle risque toutefois d’amener à des écoles de pensée qui se font face et se développent l’une à côté de l’autre sans échanger entre elles. Cette manière de cartographier la recherche est utile pour les universitaires qui peuvent « prêter allégeance » à telle ou telle école. Du côté de l’action, ce sont toutefois des problèmes complexes qui se présentent, mais que l’on peine à catégoriser et à enfermer dans un cadre théorique spécifique. Le réel ne peut être le porte-drapeau d’un courant théorique lorsque l’on fait de l’intervention en milieu professionnel. Il ne s’agit pas ici de parler de syncrétisme au sein duquel tout se vaudrait. La position que nous défendons et que nous retrouvons dans les textes de Jacques Leplat est tout au contraire que les outils conceptuels que nous mobilisons doivent être alignés sur la problématique et le réel que nous cherchons à transformer. Cela signifie que ces outils peuvent être différents d’une intervention à l’autre, d’un milieu à l’autre, voire au sein du même milieu, mais à des temporalités différentes. En défendant ce point de vue, je me situe assez naturellement dans une épistémologie pragmatiste pour laquelle la vérité ne se définit pas par la correspondance entre une représentation et une réalité, mais par la capacité des concepts à produire des effets dans le réel. Je ne sais pas si Jacques Leplat, de formation philosophique, avait travaillé de près les écrits de William James ou de John Dewey. Je leur trouve toutefois une étonnante proximité. Les textes de Jacques Leplat constituent des invitations à penser et intervenir. Je n’ai pas connu personnellement Jacques Leplat, mais ses textes donnent l’image d’une personne excessivement généreuse, respectueuse et prudente. Il ne cherche jamais à imposer son point de vue, mais tente avec beaucoup de perspicacité, de modestie et de rigueur de rendre honneur aux auteurs qui nous ont précédés et à ceux et celles qui continuent d’apporter des contributions significatives dans le champ de l’ergonomie et des sciences du travail. Mon choix pour ce commentaire s’est porté sur un texte paru en 2006 dans la revue PISTES (Leplat, 2006) sous le titre La notion de régulation dans l’analyse de l’activité et réédité dans un recueil d’articles paru en 2008, son avant-dernier ouvrage (Leplat, 2008). Étant donné la richesse des références et la multiplicité des perspectives d’analyse proposées, il m’est impossible de placer ce commentaire à sa hauteur. Je propose, plus modestement, d’y puiser quelques …
Parties annexes
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