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Les gestes dans l’activité en situation de travail : aperçu de quelques problèmes d’analyseÉchange posthume avec Jacques Leplat, basé sur son texte publié dans PISTES, 15-1 [Notice]

  • Pascal Simonet

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  • Pascal Simonet
    Centre de Recherche en Éducation de Nantes (UR 2661) ; pascal.simonet@univ-nantes.fr

On ne perd jamais son temps à lire Jacques Leplat. L’esprit curieux, incisif et vif de cet homme d’action et de science ouvre au lecteur des espaces de dialogue avec ses propres questions et réflexions. Cette ouverture est rendue possible, car Jacques Leplat n’écrit pas pour dire ou convaincre qu’il a raison sur tout. C’est certainement ce qui donne à ses écrits cette grande liberté de ton fabriquée au contact des travaux mobilisés pour défendre des questions de son point de vue nécessaires à l’action et à l’analyse de l’activité. Cette liberté de ton s’exerce aussi dans le respect des travaux empruntés sans jamais renoncer à la rigueur scientifique du débat contradictoire. Et, chose remarquable pour un chercheur de renom, Jacques Leplat sait aussi emprunter aux travaux récents de chercheurs plus novices. C’est encore le cas dans cet article. Peu de temps avant sa parution en 2013, je rencontre Jacques Leplat dans son bureau du 41, rue Gay Lussac à Paris pour parler de ma thèse. Comme il s’agit ici de poursuivre cette discussion, je reprends les quelques lignes qui y font référence dans cet article. Elles me permettent de structurer mon propos : Il existe des cas où le geste et l’action à laquelle il appartient sont dans un rapport de moindre dépendance et où le geste constitue un élément particulièrement important de l’action dans laquelle il est intégré : on en donnera deux exemples. Le premier cas, est celui de l’action du fossoyeur de tombe dont une étude approfondie a été présentée dans la thèse de Simonet (2011). L’auteur met en évidence qu’il existe plusieurs manières de rejeter à la pelle la terre du trou qu’il creuse. Son attention a été attirée sur cette tâche par la fréquence des troubles musculo-squelettiques (TMS) chez ceux qui l’exécutaient. L’analyse de l’activité s’est alors centrée sur le geste du fossoyeur qui en représentait une phase critique. Il apparut alors qu’il existait des variantes dans les gestes des ouvriers, correspondant à des différences dans les complexes musculaires mis en œuvre dans le geste, certains plus nocifs par rapport à leurs conséquences musculaires. La confrontation organisée pour que les ouvriers puissent voir leurs gestes respectifs alimenta une « controverse gestuelle » qui permit à ces ouvriers de prendre conscience de l’existence de cette pluralité de modes d’exécution et leur a ouvert la possibilité d’échapper à une routine favorable à l’apparition des TMS. L’auteur a développé cette méthode et ses applications possibles mieux qu’il peut être fait ici. Il demeure que la qualité du geste reste relative aux conditions de l’action dans lesquelles il est exécuté. Je tiens à remercier Frédéric Yvon pour son invitation à poursuivre cet échange avec Jacques Leplat. C’est un honneur en même temps qu’un défi pour moi de le faire au regard de ma thèse et de mes travaux plus récents sur cette question des gestes dans l’activité en situation de travail (Simonet, 2011; Simonet & Caroly, 2020; Simonet et al., 2024) et aussi en situation de formation (Simonet & Savescu, 2024; Simonet & Arnaud-Bestieu, 2023). En quelques mots, la thèse que je soutiens le 5 décembre 2011 défend que les TMS sont aussi à envisager comme des affections dont la genèse se situe dans l’hyposocialisation du mouvement. Cette thèse, produite dans l’interdisciplinarité avec l’ergonomie (Simonet, Caroly, Clot, 2011; Simonet & Caroly, 2020) et la biomécanique (Savescu et al., 2020; Simonet & Savescu, 2024) défend la centralité de l’analyse des gestes de métier en vue d’une action transformative des situations de travail et de formation pour ses effets sur le plan individuel, collectif et organisationnel. Si, …

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