Oeuvre inaugurale de la phénoménologie contemporaine, les Logische Untersuchungen de Husserl sont souvent restées dans l’ombre d’ouvrages ultérieurs, tels que les Ideen I, marquées du sceau du tournant transcendantal, ou encore la posthume Krisis, faisant droit aux évidences du monde de la vie qui fondent la science rationnelle. Elles ont toutefois fait l’objet d’importantes marques d’intérêt aussi bien de la part d’historiens de la philosophie que de théoriciens de la connaissance. Les premiers cherchaient à comprendre la genèse de la phénoménologie, mais aussi à la situer dans ses héritages — notamment brentanien —, ses dialogues — en particulier avec le néokantisme ou la première philosophie analytique — et ses influences — singulièrement sur les phénoménologues dits « réalistes ». Les seconds se sont intéressés à un certain nombre d’analyses et thèses originales, comme une critique radicale du psychologisme, une théorie subtile de la signification, une étude minutieuse des différentes acceptations de la notion de « représentation », une description fine des vécus intentionnels, une théorie des objets généraux et des formes catégoriales ainsi que de la manière dont ces objets idéaux se donnent, ou encore une méréologie et une grammaire pure. Tous ces travaux de commentateurs ont sensiblement accru notre compréhension des développements de la pensée husserlienne de cette époque ainsi que de l’héritage que nous pouvons en faire aujourd’hui encore dans une multitude de débats philosophiques contemporains. Cette riche multiplicité des lectures des Recherches logiques méritait toutefois de se compléter d’une entreprise de relecture immanente plus approfondie et plus unifiée de ce traité composé de très longs Prolégomènes et de six Études en apparence thématiquement assez hétérogènes. Il importait d’en reconstituer tout à la fois la cohérence interne, mais aussi les tensions indéniables, entre notamment l’objectivisme logique radicalement affirmé dans les Prolégomènes (et cadrant manifestement les développements des troisième et quatrième Recherches) et la psychologie descriptive ou phénoménologie étudiant néanmoins la manière dont l’objectivité idéale des significations, des objets généraux ou des formes catégoriales se constitue dans des vécus intentionnels. C’est précisément à cette tâche précieuse que, sous la direction de Jean-Baptiste Fournier et Dominique Pradelle, se livrent collectivement les huit auteurs de Lire les Recherches logiques de Husserl. D’une manière qui s’avère très homogène en dépit de la diversité des auteurs, ils s’efforcent de reconstituer le projet unitaire de cet ouvrage complexe et d’en reconstituer le propos, indépendamment des inflexions que Husserl donnera ultérieurement à sa phénoménologie. Pour autant, il ne s’agit pas de nier les difficultés que posent les différentes positions affichées dans ces Recherches logiques. De manière très probe, chacun des auteurs signale très explicitement des points d’achoppement de cet état de la pensée husserlienne. En quoi les propositions de 1900-1901 étaient-elles tenables ? Et, éventuellement, en quoi appelaient-elles à un dépassement, voire à une solution ultérieure, dans le tournant transcendantal ou dans des recherches de phénoménologie génétique ? Telles sont les questions que se posent tour à tour les contributeurs de ce commentaire collectif à la fois très fidèle et très éclairant. En ce qui concerne les « Prolégomènes à la logique pure », premier volume des Recherches logiques, Denis Seron montre que Husserl y défend l’idée que la logique est une discipline théorique — et pas seulement une technologie — dotée de vérités propres — et non héritées d’une autre science, comme la psychologie —, discipline qui est formelle, en ce qu’elle concerne la forme de toute connaissance et non le contenu de chacune d’elles, et déductive plutôt qu’inductive. D. Seron présente les principaux arguments antipsychologistes de Husserl, les deux premiers étant épistémologiques et le troisième ontologique. Tout d’abord, les connaissances …
Jean-Baptiste Fournier et Dominique Pradelle (dir.), Lire les Recherches logiques de Husserl, Paris : Vrin, 2025, 408 pages[Notice]
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Bruno Leclerq Université de Liège

