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Comptes rendus

Gerard Naddaf with Louis-André Dorion, Making Sense of Myth : Conversations with Luc Brisson, Montréal et Kingston : McGill-Queen’s University Press, 2024, 316 pages[Notice]

  • Jean-Claude Simard

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  • Jean-Claude Simard Professeur retraité de philosophie, Collège de Rimouski Chercheur associé au Laboratoire d’analyse cognitive de l’information, (LANCI), UQAM

Sous le titre Plato, the Myth Maker (Chicago University Press, 1999), Gerard Naddaf avait déjà, avec l’aide de l’auteur lui-même, traduit en anglais l’ouvrage de Luc Brisson, Platon, les mots et les mythes (Maspero, 1982, réédité chez La Découverte, 1995). Avec Making Sense of Myth, il poursuit sur cette lancée, traduisant cette fois le recueil réalisé à l’origine par Louis-André Dorion, Entretiens avec Luc Brisson : rendre raison au mythe (Liber, 1999). Les trois chapitres de l’ouvrage original couvraient les années 1946, année de naissance de Brisson, à 1999, année de parution des entretiens. Pour Making Sense of Myth, Naddaf a réalisé un quatrième entretien courant de l’année 1999 à l’année 2023, et il propose de plus une substantielle introduction générale ainsi qu’une copieuse postface. Le tout est complété par un important appareil critique comportant l’ajout de notes abondantes et détaillées, ainsi qu’un index fort utile et beaucoup plus complet. On se trouve ainsi en présence non seulement d’une traduction de Dorion (1999) destinée au public anglophone, mais aussi d’une refonte majeure de l’ouvrage et d’une mise à jour de la trajectoire intellectuelle de Brisson. Cependant, alors que l’original français comportait un relevé de ses travaux, qu’il s’agisse de ses ouvrages, de ses traductions de textes grecs ou de ses bilans réguliers de la bibliographie platonicienne, il brille ici par son absence, ce qui est dommage, car on aurait pu profiter de l’occasion pour le mettre à jour. La nouvelle introduction générale (p. 3-16) présente et résume brièvement les quatre entretiens, ainsi que les thèses de Platon sur le mythe, assorties de leur interprétation chez Brisson. Le premier chapitre rappelle l’enfance et l’adolescence de Brisson, né en 1946 dans le Québec rural. Il s’intitule d’ailleurs, dans la version française, « Naître à Saint-Esprit, Québec » (devenu un premier sous-titre dans la version anglaise ; notons que les titres généraux des deuxième et troisième entretiens, « De Platon au Big Bang » et « Citoyen de la culture », disparaissent dans la nouvelle version, qui intercale cependant, ici et là, des sous-titres pratiques, absents de l’original). Il éveille tout un univers aujourd’hui largement disparu, mais dont ma génération a connu la fin. Pour les jeunes philosophes anglophones, le monde du petit village agricole de Saint-Esprit, dans la région de Lanaudière, paraîtra étrange, car Brisson y vit une enfance à l’eau bénite, selon la célèbre expression de Denise Bombardier. Marquée par la précarité des conditions d’existence et dominée par la religion catholique, cette existence étriquée ne donne accès aux études supérieures que par les voies du collège classique et du séminaire. Ayant terminé les sept années du primaire en cinq ans seulement, Brisson est beaucoup plus jeune que ses condisciples lorsqu’il débute son cours classique, en 1957. Et, malheureusement, en plus d’être nul dans les sports, il doit porter des lunettes pour compenser une déficience visuelle. Aussi devient-il, dès le primaire, un souffre-douleur, une stigmatisation qui se poursuit dans la nouvelle institution. Pour casser l’intimidation, il prend alors l’habitude de faire les devoirs des plus brutaux. C’est ce qu’il appelle avec humour sa « rançon intellectuelle » (p. 24 ; p. 28). Ayant acheté la paix, il peut dès lors se livrer sans retenue à sa passion pour les études, un puissant aiguillon apparu très tôt dans sa vie. Comme la famille est trop pauvre pour payer ses études au Séminaire de Joliette, ses parents l’envoient au Séminaire Saint-Tharsicius des Pères du Saint-Sacrement, à Terrebonne. Mais si les frais pour les internes y sont deux fois moins élevés, c’est que, dans cet établissement peu fortuné, chaque élève doit occuper un …

Parties annexes