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Comptes rendus de lecture

Arnaud Tomès, Qu’est-ce qu’un imaginaire social ? Une discussion critique de Castoriadis, Paris : Hermann, 2024, 395 pages[Notice]

  • Savvas Orfanos

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  • Savvas Orfanos
    Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Dans son ouvrage Qu’est-ce qu’un imaginaire social ? publié chez Hermann, Arnaud Tomès propose une analyse critique du concept d’imaginaire social, central dans la pensée de Cornelius Castoriadis. En s’inscrivant dans la perspective d’une philosophie sociale « soucieuse de penser la société de manière critique et de s’interroger sur les conditions d’une vie accomplie » (p. 7), l’auteur interroge l’utilité et la pertinence du concept d’imaginaire social pour comprendre les dynamiques historiques, sociales et politiques. Si Castoriadis a défendu une conception radicale de l’imaginaire, Tomès se demande si cette radicalité est encore pertinente, ou si elle risque de nous faire basculer vers une métaphysique difficilement compatible avec une approche critique et normative. La première partie de l’ouvrage examine comment la philosophie de Castoriadis permet de « penser le social comme tel » (p. 19). Tomès montre dans un premier temps que Castoriadis, à travers une ontologie nouvelle, affirme la spécificité du social et son irréductibilité à la nature ou la psychè, en lui reconnaissant un mode d’être spécifique caractérisé par un ensemble cohérent de significations imaginaires et d’institutions. Il voit dans la notion d’imaginaire instituant « ce qui rend raison du caractère institué de l’institution […] ce qui rend le social irréductible au naturel », qui implique « la nécessaire historicité du social » (p. 63). C’est ce que le penseur grec appelle le social-historique, une notion qui souligne l’auto-altération des sociétés dans le temps et l’indissociabilité du social et de l’historique. Tomès s’intéresse ensuite à la cohérence et à l’unité du social. Il met en lumière le rôle crucial que jouent les significations imaginaires dans la cohésion et l’unité d’une société, produisant un monde de significations qui donne sens et consistance à la vie sociale. À cet égard, il qualifie la démarche castoriadienne de « holiste : une démarche qui n’envisage les institutions qu’à partir de la totalité dont elles font partie » (p. 86). Selon l’auteur, ce tournant holiste de Castoriadis après sa rupture avec le marxisme pose certaines difficultés pour une philosophie sociale qui souhaite donner des descriptions sociales précises, plutôt que des jugements globalisants sur la société. Par ailleurs, il soulève une tension entre l’imaginaire social et la praxis individuelle, critique qui sera reprise dans les prochaines parties de l’ouvrage. En rejetant toute référence à l’intersubjectivité, Castoriadis aboutit, selon l’auteur, à un « réalisme du social tout à fait surprenant » (p. 116), qui peut être à la fois utile pour une philosophie sociale qui doit reconnaître une dimension réelle au social, et problématique, étant donné le risque d’« hypostasier la société et d’en faire une entité métaphysique » (p. 118). Toutefois, Tomès nuance cette critique en rappelant que la critique de l’individualisme chez Castoriadis n’implique pas le rejet de l’individu, puisque la société s’incarne toujours dans des individus déterminés. Dans la deuxième partie, l’auteur explore les racines intellectuelles de la pensée castoriadienne et en analyse les motivations, ainsi que les implications politiques. Il montre d’abord que l’imaginaire instituant semble dériver de la « reconnaissance du sens comme composante essentielle du social-historique, et de l’institution comme incarnation de ce sens » (p. 136). Il souligne à cet égard l’influence de la sociologie, particulièrement celle de Weber, tout en insistant sur l’importance du concept de l’institution, seul capable de rendre compte du fait que les significations sociales sont collectives. « Il n’existe donc des significations, dans une société, écrit-il, que parce que celles-ci sont portées et incarnées par des institutions déterminées » (p. 150). Tomès examine ensuite les liens entre Castoriadis et le structuralisme, en particulier autour de la question du symbolique. « Castoriadis, note …

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