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Notes phénoménologiques sur l’animalité de l’humain[Notice]

  • Paula Angelova

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  • Paula Angelova
    Université de Plovdiv « Païssiy Hilendarski » (Bulgarie)

Comment l’animal sapiens est-il devenu l’humain sapiens ? Et comment s’est effectuée la transition des premiers hominini vers l’humain moderne ? Ce sont les questions abyssales posées par Jean-François Perrier dans le cinquième chapitre de son ouvrage La pensée politique de Marc Richir. Phénoménologie, anarchie et utopie. Elles s’inscrivent nécessairement dans la perspective de l’interprétation phénoménologique que Richir propose de la différence anthropologique, en exigeant une nouvelle compréhension de la scission nature/culture dans le cadre des concepts biologiques, tels que la naissance prématurée, la néoténie ou l’immaturité animale chronique de l’être humain. L’auteur propose une réflexion dense et riche qui traverse les contextes variés de la préhistoire, de la biologie de l’évolution et de l’éthologie, en mettant l’accent sur la position selon laquelle la révolution anthropogénétique est à la base corrélative de l’ouverture d’une indétermination au sein de la naissance biologique. L’autre point de départ comporte la conception reformulée de l’humain comme « l’animal ayant échoué dans son “demeurer-animal” ». Dans ce contexte, le concept clé est celui du processus phylogénétique de la néoténie, qui assure la conservation de caractéristiques juvéniles chez les adultes d’une espèce animale. L’auteur propose la reconstruction suivante quant à la pertinence phénoménologique de ce concept. Du point de vue éthologique, une première différence entre l’animal et l’humain consiste dans le fait que le comportement humain de curiosité se poursuit jusqu’à un âge avancé par rapport à une courte phase (la jeunesse) chez l’animal. Konrad Lorenz constate qu’il y a une « inhibition spécifique du développement » chez l’humain qui provoque en lui une durable « aptitude à la juvénibilité ». En plus, la néoténie va de pair avec le processus de la domestication des animaux. Selon Richir, l’humain est « le seul animal, qui soit, pour ainsi dire, arrivé à se domestiquer lui-même ». Autrement dit, selon l’auteur, la néoténisation de l’humain, qui est corrélative de l’auto-domestication, devient le processus même de l’hominisation, dans la mesure où la disparition des mécanismes innés de déclenchement (MID) est entraînée par la domestication. Cependant, cette disparition des MID correspond à l’invention technique d’outils qui introduit la différence classique entre l’animal et l’homo faber. Richir, de son côté, réfute l’explication de l’invention et de la transmission des outils sur la base d’un programme génétique qui régirait l’esprit humain en transformant les outils en objets des MID. D’après lui, l’homo faber comme être de langage et « le programme » de l’outillage sont les résultats d’une institution symbolique. Autrement dit, l’invention de l’outil n’aurait aucune raison d’être sans l’inscription dans des cadres symboliques qui lui attribuent un sens. Pour conclure, c’est par l’apparaître de l’outil comme un agrégat symbolique de l’institution symbolique que l’humain s’insère dans cette institution. L’un des principaux apports de la réponse phénoménologique aux questions susmentionnées, développée par l’auteur à travers sa lecture de Richir, réside dans la critique des présupposés épistémologiques et philosophiques du paradigme évolutionniste dans l’ensemble des sciences centrées autour des questions de l’hominisation. Dans ce cadre scientifique, la station verticale de l’humain, la possession d’une face courte et la libération de la main sont postulées comme les critères minimaux de l’hominisation. Richir a tout à fait raison d’admettre que « les caractéristiques physiques (et nécessairement, comme le montre l’éthologie : comportementales) sont certes des conditions nécessaires pour l’hominisation, mais nullement des conditions suffisantes ». La thèse de Jean-François Perrier est de part en part imprégnée par le constat que l’absence de preuves et de traces empiriques, apportant une compréhension plus concrète de l’évolution des espèces et de « l’apparition » de l’humanité, résulte en une forme de naturalisation …

Parties annexes