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Comptes rendus

Robin Gordon Brown et James Ladyman, Le matérialisme. Bref parcours historique et philosophique, Paris : Éditions Matériologiques, 2023, 160 pages[Notice]

  • Pierre-Yves Rochefort

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  • Pierre-Yves Rochefort
    Cégep de l’Outaouais

Cet ouvrage est la traduction d’un court essai de vulgarisation publié initialement en 2019 en anglais et visant à présenter le matérialisme philosophique à un public de non-spécialistes (p. 3). Comme le soulignent les auteurs dans leur introduction, l’ouvrage tire sa pertinence du fait que le matérialisme est l’un des sujets d’épistémologie et de métaphysique « des plus significatifs pour ceux qui, autrement, n’ont que peu ou pas d’intérêt pour la philosophie » (p. 4). Pour arriver à leur fin, les auteurs présentent d’abord les idées-phares du matérialisme pour ensuite défendre tour à tour deux thèses. La première, plus historique, consiste à soutenir que la pensée matérialiste a exercé une influence déterminante sur le développement de la science moderne. La seconde, plus philosophique, consiste à soutenir que le matérialisme a dû être abandonné au profit du physicalisme à la suite des avancées de la physique au xxe siècle. L’ouvrage se conclut sur une synthèse des idées constituant le physicalisme (le matérialisme contemporain). Si cet essai n’est pas dénué d’intérêt, on se serait attendu d’un ouvrage de ce type qu’il fasse preuve de plus de pédagogie et d’impartialité. Le matérialisme philosophique est une théorie ontologique selon laquelle il n’existe que des choses matérielles et des choses qui dépendent pour leur existence de la matière et qui nie l’existence d’entités surnaturelles, telles que les esprits et les divinités. Cette théorie se fonde sur une épistémologie empiriste qui, nous disent les auteurs, a fini par coïncider avec l’épistémologie de la science moderne, qui présuppose que le monde est gouverné par des lois de la nature qui ne sont pas le fait d’une volonté divine (p. 19). Une conséquence importante du matérialisme est que les phénomènes psychologiques doivent dépendre pour leur existence de notre structure physique. Nous ne possédons donc pas d’âme et nous ne pouvons pas survivre à notre corps (p. 19-20). Il n’y a pas non plus de fondement objectif à la morale qui n’est rien de plus, pour les tenants de cette position, qu’un ensemble de règles conventionnelles dont se dotent les êtres humains pour faciliter leur vie en communauté (p. 20). Dans la deuxième partie de l’ouvrage, les auteurs soutiennent que le matérialisme a dû évoluer vers le physicalisme à la suite des avancées de la physique contemporaine, qui ont remis en question son présupposé fondamental selon lequel les objets matériels seraient des res extensia, c’est-à-dire des substances étendues ou des choses qui occupent un espace vide (p. 13). Renonçant ici à concevoir les existants comme des choses étendues, les tenants du physicalisme s’en remettent désormais à la science pour déterminer la nature des objets qui peuplent la réalité (p. 136). Conscients qu’ils sont des limites du savoir scientifique — l’histoire scientifique portant à croire que la physique actuelle sera dépassée dans le futur —, ils sont plus humbles dans leurs affirmations ontologiques que ne l’étaient leurs ancêtres matérialistes et se contentent de faire des conjectures au sujet de ce que nous révélera la physique dans le futur. Ils soutiennent que la physique ne fera jamais, par exemple, l’hypothèse qu’il existe des entités psychologiques ou spirituelles pour rendre compte des phénomènes psychologiques. La thèse négative du matérialisme selon laquelle il n’existe ni entités spirituelles ni divinité a donc survécu au sein du physicalisme (p. 136-137). dans les travaux de Démocrite et Épicure, en Grèce, mais aussi au sein de la doctrine Lokāyata (ou Chrâvâka), en Inde. Le point de vue matérialiste est tombé dans l’oubli durant le Moyen Âge avant de réapparaître à la Renaissance sous la forme d’un poème hérité de la Rome antique lui rendant hommage …

Parties annexes