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Comptes rendus

José Medina, The Epistemology of Protest. Silencing, Epistemic Activism, and the Communicative Life of Resistance, Oxford : Oxford University Press, 2023, 436 pages[Notice]

  • Nicolas Lacroix

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  • Nicolas Lacroix
    Université de Montréal

Prolongeant les thèses défendues dans The Epistemology of Resistance, le plus récent livre de José Medina entend intervenir dans les débats contemporains sur la résistance et la désobéissance civile, à partir d’une problématisation de l’injustice en termes épistémiques. Medina s’attache notamment à combattre deux idées reçues concernant la contestation. La première est que la reconnaissance formelle des libertés d’association et d’expression dans le contexte des démocraties libérales suffit à les garantir. La deuxième est que la valeur épistémique de la contestation est essentiellement instrumentale : elle tient à la capacité des mouvements contestataires à informer et persuader leurs publics par rapport à certaines injustices. Prenant le contrepied de ces idées, Medina propose de montrer que l’exercice de la contestation requiert de surmonter un ensemble d’obstacles pratiques et épistémiques, et qu’elle le fait en produisant des « frictions épistémiques » entre les différentes perspectives des acteurs du monde social. Il s’agit ainsi pour l’auteur de développer une conception épistémique de la résistance à l’injustice suivant une approche d’inspiration pragmatiste et communicationnelle. Pour ce faire, la première partie du livre vise à présenter la manière dont la résistance peut être problématisée dans une perspective épistémique, à partir de la théorie des actes de langage. La deuxième partie du livre précise la teneur de cette conception de la résistance en fonction des quatre dimensions qu’elle revêt et des obstacles épistémiques qu’elle affronte. Le premier chapitre expose la thèse centrale du livre, à savoir qu’il existe pour tous les membres d’une société démocratique un devoir prima facie de contester l’injustice. Selon Medina, ce devoir suppose d’abord que ces derniers doivent contester l’injustice pour y résister et pour ne pas en être complices. La contestation apparaît ainsi comme une pratique démocratique de résistance communicationnelle à l’injustice qui permet, sur son versant éthique, d’exprimer des jugements moraux sur une situation donnée et, sur son versant politique, de reconstituer l’espace public afin de le rendre plus inclusif. Ce devoir suppose ensuite que les membres d’une société démocratique doivent être attentifs aux processus d’invisibilisation de l’injustice et aux différentes formes que prend sa contestation. Ce devoir suppose enfin que les membres de cette société s’assurent que celles et ceux qui subissent l’injustice occupent une position centrale au sein de la contestation. À travers l’exposition de ce devoir de résistance, Medina argumente en faveur de la priorité normative de la contestation incivile des opprimé·e·s, dans la mesure où elle permet de mettre en évidence les processus de réduction au silence (silencing) de la contestation et renferme le potentiel de transformer radicalement l’espace public. En d’autres termes, Medina propose d’accorder une priorité normative aux mouvements contestataires des opprimé·e·s en ce qu’ils rendent possibles de nouvelles formes de témoignage collectif, de critique sociale et de design institutionnel, et amènent, de fait, à envisager autrement la justice. Le deuxième chapitre entend dès lors justifier la légitimité de la contestation incivile par rapport à la contestation civile. Medina y soutient que l’atteinte de la justice communicationnelle dans un contexte marqué par l’injustice requiert que les mouvements contestataires adoptent une politique de la confrontation. Aussi, la contestation ne peut a priori être restreinte à certaines pratiques : elle peut aussi bien être civile qu’incivile. La raison en est que seule une politique de la confrontation qui accorde un rôle à la contestation incivile est à même de perturber la complicité des différents acteurs du monde social avec l’injustice, et d’ébranler leur apathie épistémique et politique. Medina rejette à cet égard les arguments conservateur et libéral soulevés à l’encontre de la contestation incivile. Il s’oppose, d’une part, à l’argument conservateur qui suppose de restreindre …

Parties annexes