Résumés
Résumé
Pour « décloisonner » la philosophie, il peut être utile de comprendre comment la qualité de « philosophe » en vient à être conférée à quelqu’un. Nous nous pencherons ici sur le traitement posthume de John Stuart Mill (1806-1873) en France et sur les manières dont son oeuvre et ses engagements ont facilité ou, au contraire, entravé sa canonisation philosophique. Pour ce faire, nous exploiterons deux corpus différents : d’une part, les nouvelles, nécrologies et notices relatives à la mort de Mill dans la presse française en 1873 ; d’autre part, les hommages et analyses sur Mill publiés dans le champ philosophique entre 1873 et 1874. Comme on essaiera de le montrer, alors que l’appréciation posthume « grand public » de Mill va saluer la mémoire de l’économiste politique plutôt que celle du philosophe, évoquant de manière positive ou critique — en fonction de l’idéologique adoptée — ses différentes positions (notamment sur les promesses et les périls de la démocratie moderne et les droits des femmes), l’évaluation proprement philosophique de l’oeuvre millienne va s’opérer à la lumière de sa compatibilité doctrinale avec les différents mouvements, écoles, ou courants (en particulier le positivisme et le criticisme) qui composent le paysage spéculatif de l’époque. Mais, comme on le verra aussi, ces deux réceptions se rejoignent dans le constat qu’elles font de l’échec de la carrière politique de Mill et dans leur volonté de mobiliser la considération de son « caractère » pour rendre raison de ses idées et de ses engagements.
Mots-clés :
- John Stuart Mill,
- France,
- philosophie,
- caractère,
- xixe siècle
Abstract
To "decompartmentalize" philosophy, it can be useful to understand how the status of "philosopher" comes to be conferred on someone. Here, we look at the posthumous treatment of John Stuart Mill (1806-1873) in France, and the ways in which his work and commitments facilitated or, on the contrary, hindered his philosophical canonization. To do this, we will draw on two different corpora : on the one hand, news, obituaries and notices relating to Mill’s death in the French press in 1873 ; on the other, tributes and analyses of Mill published in the philosophical field between 1873 and 1874. As we shall try to show, while the posthumous "general public" appreciation of Mill celebrated the memory of the political economist rather than that of the philosopher, evoking positively or critically — depending on the ideology adopted — his various positions (notably on the promises and perils of modern democracy and women’s rights), the philosophical assessment of Mill’s works was made in the light of its doctrinal compatibility with the various schools, movements and currents (in particular positivism and criticism) that made up the speculative landscape of the time. But, as we shall also see, these two receptions converged in acknowledging the failure of Mill’s political career, and in their desire to mobilize consideration of his "character" to explain (away) his ideas and commitments.
Keywords:
- John Stuart Mill,
- France,
- philosophy,
- character,
- 19th century

