Résumés
Mots-clés :
- découvrabilité,
- multidisciplinaire,
- obsolescence,
- théâtre,
- traces
Si la connaissance demeure incomplète, n’étant accessible que par des traces (Veyne, 1996), la reconstitution de l’histoire d’une recherche théâtrale multidisciplinaire ne peut qu’être lacunaire. Les sources matérielles ou électroniques, bien qu’informatives, ne savent pas reproduire le caractère maximaliste d’un spectacle, qu’elles soient issues d’une phase de création ou d’une autre. De plus, l’authenticité de ces archives, leur fiabilité et leur intégrité peuvent laisser douter de leur représentativité documentaire (Cardin, 2007; Cardin et Alaoui, 2021; Conseil des académies canadiennes (CAC), 2015; Frey, 2009). Si la captation sonore et visuelle d’un spectacle, comme outil d’archivage, donne plus fidèlement les intentions de création, aucune technologie actuelle ne permet une représentation exacte du vivant (Cardin, 2007). La photographie, par exemple, saisissant une expression faciale dans un espace-temps statique, ne témoigne pas du rythme du spectacle ni de la simultanéité des actions scéniques. L’enregistrement sonore, reproduisant une certaine temporalité, « concentre l’auditeur dans un noir restreint » sans accès aux espaces physiques et virtuels (Richard, 1988 : 16). La vidéo, qu’elle soit en deux ou trois dimensions (3D), en réalité virtuelle (RV) ou en réalité augmentée (RA), donne souvent un seul point de vue subjectif de l’oeuvre et suit difficilement cette variation des interactions ludiques avec le public qui permet une réception individualisée. Et si les ressources Internet sont devenues incontournables pour qui veut célébrer la mémoire de son oeuvre tout en lui conservant une vision cohérente, l’univers virtuel comporte aussi ses limites. Malgré sa relative accessibilité, son intemporalité et son potentiel interactif, la présence humaine n’y est pas reproductible, l’espace demeure intangible, la capacité de stockage et la durée du téléchargement sont restreintes, l’interactivité est contrôlée, les technologies sont fragiles et inévitablement frappées d’obsolescence (Cardin, 2007; CAC, 2015). Qui plus est, transposer en ligne un objet d’art vivant soulève des enjeux de découvrabilité (Coalition pour la diversité des expressions culturelles (CDEC), 2020), de traçabilité, de sécurité, de droits d’auteur et de droits à l’image (Cardin, 2007; CAC, 2015; Petri et Julien, 2017). Voilà nombre de défis à relever pour une troupe comme ARBO CYBER, théâtre (?) qui souhaite conserver et rendre publiques les traces de son patrimoine culturel d’autant plus que sa démarche singulière fut peu valorisée durant ses quinze années d’existence (Borello, 1998; Plourde, 2001, 2002; St-Hilaire, 1994, 2001). Dans cet article sont exposées les stratégies formelles prévues pour représenter, illustrer et contextualiser les créations de la troupe ainsi que le site Web commémoratif, dynamique et interactif la Pierre tombale ludique, devenu obsolète. Ces stratégies prendront la forme d’un livre-testament numérique et d’une contribution aux initiatives de mutualisation collaboratives des données. Cet ouvrage de référence regroupant des « sources primaires » de nature diverse (écrits, esquisses, photos, lettres officielles, articles de presse…) a comme objectifs de rendre compte de la recherche d’ARBO CYBER, théâtre (?), de montrer ses processus de création, d’offrir une multiplicité de points de vue et de témoigner de certains principes interactifs en concevant une nouvelle esthétique autonome liée au passé tout en perdurant dans le futur. De 1985 à 2001, ARBO CYBER, théâtre (?), associée au centre d’artistes Obscure à Québec, interroge le théâtre jusqu’à en repousser les limites par l’intégration d’autres formes artistiques ou médiatiques. En appui au thème dramaturgique retenu, ces multiples productions disciplinaires imbriquées sont aussi conçues comme des oeuvres autonomes appelées à être appréhendées pour elles-mêmes. À travers une vingtaine d’activités artistiques, la troupe suscite de nouvelles relations entre la scène et la salle en faisant prendre une part active au public, que ce soit lors de ses représentations théâtrales et ses installations-théâtre, ses performances (la série des Simul), ses lectures et ses …
Parties annexes
Bibliographie
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- BLOCH, Marc (1949), Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien, Cahiers des Annales 3. Paris, Librairie Armand Colin.
- BORELLO, Christine (1988), « Un théâtre de recherche sur la perception : portrait d’Arbo Cyber, théâtre (?) », Jeu : revue de théâtre, vol. 86, no 1, p. 101-105.
- CARDIN, Martine (2007), Rapport final d’étude de cas 01: Arbo Cyber, théâtre (?) (français). InterPARES 2 project, International Research on Permanent Authentic Records in Electronic Systems.
- CARDIN, Martine et Siham ALAOUI (2021), Pratiques archivistiques en GDR. Colloque sur la gestion des données de recherche en sciences humaines, Québec, Université Laval.
- CARDON, Dominique (2015), À quoi rêvent les algorithmes? Nos vies à l’heure des big data, Paris, Seuil.
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- CONSEIL DES ACADÉMIES CANADIENNES (CAC) (2015), À la fine pointe du monde numérique : possibilités pour les institutions de la mémoire collective au Canada, Ottawa, Le comité d’experts sur les institutions de la mémoire collective et la révolution numérique, CAC.
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- CENTRE DE RECHERCHE INTERUNIVERSITAIRE SUR LA LITTÉRATURE ET LA CULTURE AU QUÉBEC (CRILCQ), 2026, « Théâtrothèque », Montréal, CRILCQ, https://crilcq.org/la-recherche/lieux-de-la-recherche/theatrotheque-universite-de-montreal/.
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