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Entre débats et dialogues : les traces de La paix des femmes. Entretien avec Véronique Côté[Notice]

  • Sophie Bastien ORCID logo

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Véronique Côté mène depuis vingt-cinq ans une carrière de comédienne, de metteure en scène et de dramaturge. Sa pièce La paix des femmes (Atelier 10, 2021) était en lice pour le prix de l’Association québécoise des critiques de théâtre (AQCT), catégorie Meilleur texte original; et Tout ce qui tombe (Leméac, 2013) a remporté ce prix, en plus d’être finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général.

La paix des femmes de Véronique Côté a été présentée au Théâtre La Bordée à Québec du 13 septembre au 8 octobre 2022, dans une mise en scène de l’autrice, assistée de Marie-Josée Godin; une captation audiovisuelle a ensuite été offerte en webdiffusion pendant trois mois. Cette pièce problématise la marchandisation du corps de la femme. Or, le texte dramatique (paru à Montréal chez Atelier 10 en 2021) et sa représentation scénique ont laissé des traces profondes et suscité des réactions énergiques qui montrent combien le sujet est brûlant et polarisé. L’une des traces majeures provient de Véronique Côté elle-même : après avoir terminé l’écriture de sa pièce, elle a coécrit, avec la juriste Martine B. Côté, un essai sociologique en complément de la fiction théâtrale, Faire corps : guerre et paix autour de la prostitution en tant que fatalité (2021). Les traces médiatiques sont aussi importantes, surtout les entrevues pour lesquelles Véronique Côté a été sollicitée à la suite de la double parution de la pièce et de l’essai, et celles auxquelles Anne-Marie Olivier, comédienne de la distribution, a été convoquée après la réalisation scénique. Des traces de forme épistolaire sont également incontournables : des lettres ouvertes publiées en réaction à la lecture du texte dramatique, puis en réaction au spectacle; ainsi que la correspondance entre une militante et Véronique Côté, affichée dans le hall de La Bordée pendant le mois où la pièce était présentée. Enfin, une manifestation protestataire a marqué l’avant-première autant que sa couverture médiatique. Le présent entretien avec Véronique Côté vise, dans une première partie, à saisir pourquoi son oeuvre a laissé de telles traces; la deuxième partie porte sur les traces en question, en tâchant d’en cerner la nature et d’en comprendre la teneur idéologique. Si j’en relève quelques passages, il y a entre autres celui où Léa se rappelle les circonstances de son enrôlement, sans verser dans la victimisation. Lorsqu’elle essayait les vêtements sexy et la lingerie fine, elle avait une agréable sensation qui flattait sa coquetterie, parce qu’elle avait introjecté une construction sociale. Elle a donc accepté de bon gré d’endosser ce « costume » (ibid. : 80). Toutefois, elle ne se doute pas que son rôle d’hôtesse sexy implique autre chose. Crédule, elle ne se méfie pas de Kim. Je voulais mettre l’accent sur sa jeunesse, avec l’inexpérience et la candeur qui lui sont inhérentes, et sur l’ambiguïté de son consentement. Il y a donc le passage où, rendue au party, elle en vient à deviner ce qui l’attend. Dans un premier temps, elle s’en veut terriblement d’avoir été naïve; dans un deuxième temps, elle a peur quand des hommes l’amènent dans une chambre. Un autre passage crucial est celui où elle constate que les principes féministes d’émancipation et d’autonomie auxquels elle avait adhéré ne tiennent plus là où un client réclame ses services : elle est un objet pour celui qui paye. Le deuxième passage se trouve dans la suite du premier et appartient donc au même tableau, judicieusement intitulé « Consentement ». Cette notion est brûlante d’actualité depuis quelques années, surtout en ce qui a trait à la sexualité. En l’exploitant, vous vous attiriez des réactions, d’autant plus que le deuxième passage relativise nettement le premier. Il montre que Léa n’agissait pas du tout en connaissance de cause, mais en ignorant les tenants et aboutissants de son consentement. Tout bien considéré, celui-ci n’était qu’apparent : Éloquente, la dernière ligne révèle la peur de Léa, la vulnérabilité qu’elle tâche de maîtriser devant ce pour quoi elle a été recrutée malgré elle. Le troisième passage que vous avez …

Parties annexes