L’entrevue fait suite à une activité organisée avec le Comité de lutte au racisme (CLAR) du baccalauréat en travail social de l’UQAM : Le Montréal des Noir.es, une promenade dans les rues de la ville visant à explorer et à mieux comprendre l’histoire, trop souvent méconnue ou fragmentaire, des multiples communautés afrodescendantes au Québec, et plus largement au Canada. Oui, c’est sûr qu’il y a plusieurs éléments à prendre en compte. Je dirais, d’un point de vue identitaire, j’ai lu des auteurs tels que Dorothy Williams, Paul Fehmiu et Afua Cooper. Aussi, d’un point de vue médiatique, on parle beaucoup de représentativité et de représentation. Je pense que de ne pas mettre en valeur, mettre en lumière, ces moments d’histoire [des personnes noires au Québec et au Canada], fait en sorte qu’on n’est pas nécessairement capables ou conscients de la manière dont on peut occuper l’espace. Occuper l’espace, cela demande un enracinement profond. Cet enracinement, j’ai voulu l’avoir en cherchant l’histoire, l’histoire locale, mais aussi le lien qui relie le passé et le présent. Mon amour pour l’histoire a commencé dès mon jeune âge. Mon père me racontait l’histoire d’Haïti à l’arrière de son taxi. Je peux dire que ça a motivé ma passion pour l’histoire et mon désir d’en savoir plus sur l’histoire du monde en général. C’est sûr qu’en ce moment, on vit les répercussions de la colonisation. On est dans une continuité et je pense qu’on n’a pas encore exploré en profondeur l’impact de la colonisation sur les différents peuples indigènes qui en ont souffert. On n’a pas encore fait le lien entre les moeurs, les idéologies, les valeurs issues de ces pratiques coloniales, et ce que cela a laissé. Je pense qu’on minimise à quel point, autant les personnes qui ont colonisé que les personnes qui ont été colonisées sont dans des traumatismes profonds. Pour guérir de ces traumatismes, il faut reconnaître l’impact de la colonisation. En fait, je pense qu’on est encore dans une forme de déni. On oublie à quel point cette pratique était tellement déshumanisante. Si je me permets le terme, tant les « instigateurs » de cette pratique que les « victimes » sont encore dans un traumatisme collectif. Nous avons besoin de guérir et pour cela, il faut prendre conscience de l’impact de la colonisation sur les colonisateurs et les colonisés. Le colonialisme, en fait c’est un rapport de force. C’est un rapport de force à différents points, différents paliers. C’est-à-dire qu’on parle de personnes qui quittaient en grande partie l’Europe pour aller à travers le monde, prendre possession des terres, des ressources, des corps et créer des institutions et des systèmes qui dépendaient justement de ces prises de possession. C’est ce qui a mené à l’esclavage, on pense à l’époque de l’Âge des découvertes. Cette période est devenue un tournant historique, entre le déclin de l’Europe et le commencement du Nouveau Monde. Ce colonialisme s’est perpétué autant à travers la religion, la spiritualité, les finances et l’économie. D’un point de vue sociétal, les répercussions sont existantes, aujourd’hui, avec des systèmes de valeurs et des idéologies qui remontent à une époque où certaines personnes étaient considérées comme étant moins que des humains. Même aujourd’hui, 100, 200, 300 voire 400 ans plus tard, l’humanité dont ces personnes ont été privées persiste. C’est-à-dire qu’il y a encore des biais, des perceptions qui perpétuent ces préjugés, non pas de manière consciente, mais dans le subconscient collectif. Ces systèmes de valeurs découlent d’une époque où l’on s’est approprié des terres et des biens. Avec le colonialisme, aujourd’hui, on n’est pas nécessairement capables de mettre …
Du passé au présentHistoire Noire, héritage colonial et pratiques d’intervention. Entrevue avec Rito Joseph, conférencier sur l’identité culturelle[Notice]
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Félix Maheu Candidat à la maîtrise, École de travail social, Université du Québec à Montréal maheu.felix@courrier.uqam.ca
Nadia Sallai Étudiante au baccalauréat et membre du CLAR, École de travail social, Université du Québec à Montréal sallai.amina_nadia@courrier.uqam.ca
Rito JOSEPH est conférencier sur l’identité culturelle et propose des promenades historiques sur l’histoire des Noir·es dans plusieurs quartiers de Montréal. Sur les bases d’une posture critique et d’une riche expertise de l’histoire des populations noires en Amérique, qui complémente une compréhension traditionnelle de cette dernière, il arrive habilement à mettre en évidence la manière dont le fonctionnement des structures sociales contemporaines est une continuité des réalités passées. Prenant ancrage dans une sensibilité aux enjeux du contexte postcolonial actuel, cet entretien met en scène des pistes de réflexion quant à l’intervention psychosociale auprès des personnes et des communautés noires.
Cette entrevue a été réalisée dans le cadre de NPS Balado, le balado de la revue Nouvelles pratiques sociales. Elle peut être écoutée et téléchargée sur toutes les grandes plateformes de baladodiffusion ainsi que sur la page Audio/vidéo de notre site Web.
