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Le dossier : Écologies des savoirs et justice cognitive en travail social

Écologies des savoirs et justice cognitive en travail socialPrésentation du dossier[Notice]

  • Baptiste Godrie et
  • Paula Durán Monfort

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La production et l’accès à la connaissance sont des droits fondamentaux inscrits dans les déclarations internationales et les constitutions politiques. Pourtant, des millions de personnes dans le monde sont privées de ce droit. Leurs connaissances sont, dans bien des cas, sous-évaluées, ignorées ou encore invisibilisées par des processus de réduction au silence. L’analyse de ces processus de minorisation des savoirs implique donc une réflexion renouvelée et globale sur la justice sociale, avec une attention particulière aux rapports sociaux entre les différents régimes de savoirs et les groupes qui les détiennent. La justice cognitive – définie de manière préliminaire dans cette introduction comme la reconnaissance de la valeur et de la diversité des différents types de savoirs – suppose de (re)découvrir et de mettre en évidence les diverses façons de penser le monde, la richesse et la diversité des régimes de savoirs, notamment ceux qui ont été historiquement les plus marginalisés dans les différentes sociétés du Nord global comme des Suds. En ce sens, la justice cognitive est guidée par l’idée selon laquelle aucun régime ou forme de savoir ne devrait dominer a priori au détriment des autres, mais bien plutôt exister dans un dialogue mutuel (Visvanathan, 1997 et 2016 ; Van der Velden, 2006). Ce dialogue entre les savoirs se situe autant à l’échelle des relations interindividuelles et entre groupes sociaux qu’à l’échelle institutionnelle (Anderson, 2012). Intitulé « Écologies des savoirs et justice cognitive en travail social », ce numéro thématique de la revue Nouvelles pratiques sociales explore les définitions de l’écologie des savoirs, ses caractéristiques et les implications liées à sa mise en oeuvre dans des projets au Québec et à l’international, notamment en matière de justice cognitive, que ces projets relèvent de la pratique, de la formation ou de la recherche dans l’intervention sociale. Ce numéro thématique revêt une pertinence particulière dans le contexte social actuel, marqué par des questionnements sur l’apparent déclassement de certains savoirs scientifiques et pratiques des milieux universitaires et d’intervention. La complexification des rapports contemporains entre les différents régimes de savoirs touche particulièrement les champs du social et de la santé marqués par deux tendances. Premièrement, par la tendance – accentuée depuis le début de la crise sanitaire et sociale de la COVID 19 – à élever le vécu de certaines expériences, voire l’opinion rapportée, par exemple sur les médias sociaux, au statut de savoir aussi rigoureux que des savoirs scientifiques et pratiques. Deuxièmement, par la reconnaissance croissante et légitime des savoirs issus de l’expérience des usager.ères et des patient.es dans les institutions de santé et de services sociaux pour améliorer la qualité des interventions. Cette reconnaissance croissante des savoirs expérientiels – souvent portée sous la bannière de la diminution des injustices épistémiques ou de l’importance de créer une plus grande justice entre les savoirs – aux côtés des savoirs cliniques et scientifiques, réinterroge les monopoles et les liens hiérarchiques historiquement constitués entre les différents savoirs et les personnes qui les détiennent. Le concept de justice cognitive a été proposé par l’anthropologue indien Shiv Visvanathan, dès 1997, pour analyser l’hégémonie des cadres de pensée occidentaux qui ont marginalisé, voire invalidé les régimes de savoirs locaux détenus par des groupes de femmes, des communautés paysannes ou des communautés linguistiques et religieuses minoritaires en Inde (Visvanathan, 1997). Selon Visvanathan (2016, p. 51), la « justice cognitive reconnaît le droit des différentes formes de savoirs à coexister, mais ajoute que cette pluralité doit aller au-delà de la tolérance ou du libéralisme et prôner une reconnaissance active de la nécessité de la diversité ». Dans cette définition, les savoirs sont envisagés non pas uniquement sous l’angle des connaissances …

Parties annexes