Certaines fonctionnalités et contenus sont actuellement inaccessibles en raison d'une maintenance chez notre prestataire de service. Suivez l'évolution

Introduction

Le problème de l’intervention dans les dispositifs de recherche en analyse du travail des personnels de l’éducation[Notice]

  • Pierre-Alain Filippi et
  • David Benoit

…plus d’informations

  • Pierre-Alain Filippi Ph.D., Université de Sherbrooke

  • David Benoit Ph.D.

L’analyse du travail a pénétré le champ de la recherche sur l’enseignement et de façon plus générale sur le travail des personnels de l’éducation il y a près de trente ans (Amigues, 2003; Riff et Durand, 1993; Vergnaud, 2006) sans oublier, dans une perspective plus sociologique, Tardif et Lessard (1999). Elle a contribué à renouveler le regard sur le travail quotidien des personnels de l’éducation et au développement d’une technologie de la formation orientée autour de l’activité enseignante (Durand et al., 2002; Saussez, 2014). Ce nouveau regard repose également sur des démarches de recherche qui, la plupart du temps, allient intervention et recherche. Dans ce numéro spécial, l’intention est de souligner : ce que ce type de démarches de recherche produit sur les personnes et les milieux qui s’engagent avec les équipes de chercheures et de chercheurs, ce qu’elles font aux chercheurs eux-mêmes et quels sont les résultats qu’elles produisent. L’orientation générale qui structure ce dossier thématique cherche à faire un état des lieux des pratiques de recherche dont le laboratoire est structuré par une démarche d’intervention impliquant une analyse de l’activité du travail, des défis que cette structuration soulève ainsi que des écueils à négocier dans le déploiement de telles démarches de recherche. Il cherche également à donner forme à la question de l’engagement de la personne chercheure au regard de l’activité de travail qu’elle analyse. En effet, la migration de démarches d’analyse du travail de l’ergonomie vers les sciences de l’éducation a souvent été opérée par le truchement de personnes qui ont effectué une transition – fut-elle provisoire – entre une activité de travail en éducation et une activité de recherche sur ce travail. Elles ont donc souvent une connaissance solide du travail qu’elles cherchent à mettre en objet, sollicitent la participation des milieux, des collectifs dont elles sont proches pour des recherches, ou encore, sont reconnues pour leur expertise professionnelle par les personnes participantes à la recherche. Si de nombreux auteurs soulignent les atouts de l’engagement (Elias et Chartier, 1993) ou de la connaissance de l’intérieur des groupes sociaux (Becker, 2024) sur lesquels porte la recherche, d’autres (Barbier, 1996; Saussez et al., 2020) soulignent également les dangers et écueils potentiels d’une posture de recherche impliquée (Fassin, 2001) qui s’en irait vers des dimensions militantes, simplificatrices ou normatives plutôt que vers un engagement rigoureux. Car intervenir, c’est voir s’établir une commande entre un milieu de travail et un chercheur, une chercheure ou une équipe et, à partir de là, d’oeuvrer pour qu’elle se mue en une demande conjointement construite avec les personnes participantes. Les ergonomes font la distinction entre la commande et la demande dans la conception d’une intervention (Daniellou et Béguin, 2004). La première installant un contrat de collaboration entre le milieu de travail et celui de la recherche, la seconde se passant au plus près de la réalité de l’intervention. Le plus souvent, entre la commande et la demande, le travail des personnes chercheures va déjà débuter. D’abord en se faisant présenter les personnes professionnelles avec qui l’intervention va se déployer que l’on va indiquer comme les personnes participantes directement ou potentiellement impliquées, mais également par un premier travail d’immersion dans le milieu de travail pour en observer le fonctionnement. En effet, cette distinction commande/demande va mettre au jour les conditions d’élaboration de la collaboration avec les commanditaires, mais va surtout délimiter les contours de l’intervention avec les personnes qui travaillent. De fait, elle va directement impacter le travail de la personne chercheure et la manière dont elle va débuter l’intervention. Car ce qui est attendu de la personne chercheure, c’est d’analyser le travail, le plus …

Parties annexes