Résumés
Mots-clés :
- Cannibalisme littéraire,
- indigestion,
- trauma,
- féminisme,
- Bloody Mary,
- dégénération,
- algorithme,
- inconscient,
- réseaux sociaux,
- poésie
Keywords:
- Literary cannibalism,
- indigestion,
- trauma,
- feminism,
- Bloody Mary,
- degeneration,
- algorithm,
- unconscious,
- social networks,
- poetry
Je ronge un petit bout de peau dans ma joue, assise à l’ordinateur. L’anxiété des Autres me dévore et je consomme mes propres graisses comme une lampe de rue éclairée à l’huile de Moby Dick. Je suis la survivante de mes ongles rongés qui me grafignent l’intérieur de l’oesophage comme un tableau noir strident et mes dents grincent. Je sais nourrir mon esprit nuageux pour me faire une coquille, l’antidote est dans l’écran cathodique de l’intangible parole avalée comme une couleuvre Ouroboros. Je suis le début de ma fin de phrase. La désinvolture est une imposture. Je google le nom de France Théoret et je sens la vodka de son Bloody Mary couler dans mes veines bleues sous ma peau transluciole. J’ai perdu le wi-fi avec mes amis depuis que j’ai été engouffrée par le Grand Méchant Loup qui me disperse au sol comme des bouts de pain d’épices à sandwich pour retrouver son chemin vers Hansel et Gretel. Je recolle les peaux cassées et deviens une courtepointe qui recouvre ma chair de poule. Un esprit voile mon corps désincarné et le déshabille sous mes vêtements trop grands ; ma chair de Poulet Frit Kentucky est composée du cimetière de mes connaissances effacées et de fragments de leçons de mathématiques faibles. Je me soustraits en me multipliant. Je me divise par la racine carrée de mes cheveux de paille. Ma condition physique est basée sur ce que ma tête et mon coeur traversent. Je suis la somme de mes sublimations et de mes trous de mémoire. Cet immeuble va s’effondrer sous le poids de mes ruines en forme d’ogives nucléaires. Je suis une maison en biscuits qui a faim. Mes poignées d’amour ont disparu, mais T.S. Eliot habite mon squelette et l’anime. Les lectures de Balzac et du TV Hebdo de mon adolescence composent les atomes crochus de mon duvet joué pianissimo. Walt Whitman est ma jambe droite pour marcher sur l’herbe, et mon C+ en linguistique est la pointe de mon nez que je ne vois pas. Je suis une courtepointe de faits divers et de couvertures du magazine 7 Jours, je suis le produit d’une société disparue dans mon gouffre. Je suis la société de mon produit liquidé, et je salive devant ma disparition spectaculaire. Tout ce que je lis en diagonal m’engraisse, les hyperliens ingérés sur la page Web mènent à une plateforme de réseau social, un continent de plastique dans le ventre de la baleine. Les gens changent de coupes de cheveux et les affichent pour nous mettre l’eau à la bouche. Contagieux, les ciseaux. Nous devrons tous nous mettre à jour et nous déballer pour Noël, nous devrons préparer des biscuits pour saint Nicolas qui accepte les témoins de connexion des métadonnées indexées, afin de suivre la livraison des colis tombés du ciel. L’algorithme sait ce que je désire mais l’article n’est plus disponible. Je suis devant le reflet du catalogue de Narcisse, et je ne vois qu’une époque semblable aux précédentes, qu’elle a aspirées comme le fond d’un gobelet de slush en faisant beaucoup de bruits de bouche. Erreur 404, je vomis Cronos et sa famille entière de consanguins antiques. Je me sens plus légère, je ne me sens plus du tout. Je n’ai pas fait mon cours classique mais je connais l’histoire courte qui m’habite sans dire mot. Je m’écoute d’une oreille monologuer dans ma tête, j’ai perdu l’autre. Je lis en dévorant des yeux la fiche Wikipédia des auteurs dont on ne m’a rien dit. Les écrivains de recettes de spaghetti ne m’intéressent pas, mais je suis au courant, bien …

