Kwe! D’abord, migwtec pour l’invitation à signer cette préface! Heureusement que j’avais déjà écrit des messages et des réflexions sur cette décennie! Alors je fais des recherches, et voilà le résultat de mon passé d’écrivain. Vous pouvez utiliser mes paroles comme bon vous semble. Elles sont en action, en mouvement, pendant que je cherche à écrire mes nouvelles découvertes dans ma langue. Le vrai sens des mots anicinabe. Nous sommes en effervescence dans le moment présent. Anicinapemo8in / Langue anicinabe La langue anicinabe, ou anicinabemowin, est la connexion entre notre esprit et le tangible, elle nous lie à un territoire en particulier. Comme toutes les langues autochtones, elle est née du contact entre la terre, les arbres, les animaux, tout ce qui nous entoure, et nos esprits. A8esi / Awesis / Animal Ses racines sont ancrées dans la Terre-Mère, qui les porte autant qu’elle la porte elle-même, car bien qu’elle soit issue d’un territoire, elle nous permet de transporter ce territoire avec nous, à travers l’identité. Dans l’espace sécuritaire que représentait le canot, au centre de la famille, assis entre le père et la mère, l’enfant anicinabe apprenait sa langue. Tciman / Tciman / Canot L’anicinabemowin est une langue imagée et enracinée dans le territoire. Elle met en image les caractéristiques du territoire, les propriétés médicinales des plantes, les sites sacrés, le cycle des saisons, etc. Avec elle, les savoirs traditionnels peuvent être transmis sans la déformation inévitable qu’entraîne toute traduction. L’anicinabemowin possède les secrets des mets traditionnels, elle préserve la toponymie et toutes les connaissances de nos ancêtres. Contraints à demeurer dans des réserves, nous avons perdu le territoire et, avec lui, par leur connexion intime, la langue. Aujourd’hui, la destruction des écosystèmes, les changements climatiques, la sédentarisation, survenus au cours des dernières décennies, sont des facteurs qui peuvent expliquer l’érosion de la langue et le fossé entre les générations. Nitaki / Nitaskinan / Territoire Il est impératif de créer du temps et des espaces protégés. La langue est absente des maisons et des lieux de travail parce qu’elle n’a pas l’espace nécessaire pour y vivre. Les parents sont trop pris par les tâches du quotidien et la nécessité de nourrir leur famille pour apprendre la langue et les enfants n’ont pas le temps non plus dans les écoles. Il faut dès maintenant donner du temps, donner de l’espace pour que la langue puisse s’apprendre dans le territoire, dans son habitat naturel. Actuellement, la langue anicinabe se retrouve un peu comme les caribous de Val-d’Or : affaiblis, moins nombreux et enchâssés dans un territoire qui ne correspond plus vraiment à leur écosystème. Et bien que tout le monde sait qu’ils sont sur le point de disparaître et qu’ils ont besoin que l’on crée pour eux une aire protégée, personne n’agit. Tout comme pour ces caribous, nous devons créer du temps et des espaces protégés pour l’anicinabemowin. Atik / Atikw / Caribou C’est la mise en place de ces espaces protégés, dans tous les domaines de la vie — éducation, santé, économie et travail, justice, territoire, etc. —, qui constitue le coeur de la décennie de la langue anicinabe. Otei / Otehi / Coeur Cela se fera dans une approche humaine qui donne une grande place à l’expérimentation, aux erreurs et aux ajustements, et dans un rythme qui respecte les gens et qui fait preuve d’empathie. Il nous faudra retrouver la mémoire et les enseignements de nos ancêtres pour affirmer notre appartenance, notre identité et notre dignité. Anicinape / Nehirowisiw / Humain. Accéder à toute la connaissance qui nous concerne est primordial pour nous permettre de créer l’espace où la …
Préface[Notice]
- Richard Kistabish
Diffusion numérique : 9 mai 2025
Un document de la revue Minorités linguistiques et société / Linguistic Minorities and Society
© Richard Kistabish, 2025

