Dans l’introduction de l’ouvrage, les auteurs Ali Almanna et Juliane House affirment que leur objectif est de démontrer que la dimension linguistique de la traduction ne saurait être ignorée (p. 1). Si l’on s’en tient au titre, on pourrait croire que le livre est uniquement destiné aux traductrices et aux traducteurs (« Translators »), mais les auteurs déclarent que le public cible est également composé d’étudiants et de chercheurs, et ce, tant en traduction et en traductologie qu’en linguistique (p. 1, 4). Linguistics for Translators, soulignent-ils, est un ouvrage à vocation pédagogique (p. 1) ; en réalité, il s’agit ni plus ni moins d’un manuel. Quant à l’approche empruntée, Almanna et House expliquent que l’ouvrage n’est ni un cours général de linguistique sans rapport à la traduction (évidemment…) ni un livre se limitant aux applications directes de la linguistique à la traduction (contrairement aux ouvrages de Mona Baker [1992] et de Peter Fawcett [1997]), mais plutôt un manuel dans lequel des liens sont établis de la linguistique vers la traduction et la traductologie (p. 3). Hormis l’introduction, l’ouvrage est composé de douze chapitres dont les thèmes vont comme suit : 1) tour d’horizon de la linguistique, 2) phonétique et phonologie, 3) morphologie, 4) processus morphologiques, 5) syntaxe, 6) sémantique, 7) analyse du discours, 8) pragmatique, 9) linguistique fonctionnelle, 10) sociolinguistique, 11) variation linguistique et 12) linguistique cognitive. De ce fait, le manuel suit la progression classique des ouvrages d’introduction à la linguistique. Par ailleurs, la dimension pédagogique du livre est manifeste : les chapitres s’ouvrent sur un aperçu de la matière à venir et se closent sur des exercices pratiques et, au fil du texte, des encadrés dans les marges proposent des pistes de réflexion complémentaires. En ce sens, Linguistics for Translators rappelle notamment l’incontournable Introducing Translation Studies (Munday et al. 2001/2022) également publié chez Routledge, encore que sa facture visuelle soit nettement moins soignée. Avant de poursuivre, il nous paraît important de présenter notre « profil », en ce qu’il teinte forcément notre appréciation de l’ouvrage : nous sommes traductologue et traducteur, nous avons un certain intérêt pour la discipline linguistique, mais nos connaissances en la matière sont minimes. Bref, nous appartenons précisément au public cible de l’ouvrage. Dans le premier chapitre, lequel offre un panorama de la linguistique, il est question des universaux du langage que l’on met en relation avec les universaux de la traduction. À cet égard, nous décelons une incohérence discursive qui semble imputable aux points de vue divergents des deux auteurs. D’abord, on trouve un passage que l’on peut aisément attribuer à House : « […] the quest for translation universals is, in essence, futile […] » (p. 14). Puis, à la page suivante, apparaît une phrase en complète contradiction avec cette opinion : « But the quest needs to go on ! » (p. 15). Heureusement, ce genre d’antilogie demeure rare. Nous ne passerons pas en revue chaque chapitre ; nous nous contenterons plutôt de présenter l’ouvrage, assez volumineux, dans ses grandes lignes. Tout d’abord, nous devons absolument saluer la grande ambition comme l’immense labeur nécessaire à la création d’un tel manuel. Le pari, celui de produire un livre d’introduction générale à la linguistique dont chacune des composantes est obligatoirement rattachée à la traduction, était risqué. En effet, se pose d’emblée la question de savoir si les domaines de la linguistique sont tous (également) pertinents pour la traduction. Disons simplement que, malgré les efforts des auteurs, l’ouvrage ne nous en aura pas convaincu. C’est notamment que les ponts jetés de la linguistique à la traduction ou à la traductologie demeurent trop étroits …
Parties annexes
Bibliographie
- Ambassade de France au Canada (2019) : 70 ans de la Déclaration universelle des droits de l’Homme. La France au Canada. Consulté le 20 janvier 2026, https://web.archive.org/web/20200926094349/https://ca.ambafrance.org/70-ans-de-la-Declaration-universelle-des-droits-de-l-Homme-6943.
- Baker, Mona (1992) : In Other Words : A Coursebook on Translation. Londres/New York : Routledge.
- Chesterman, Andrew (1997/2000) : Memes of Translation : The Spread of Ideas in Translation Theory. Amsterdam/Philadelphie : John Benjamins.
- Curtiz, Michael (1942) : Casablanca. Warner Bros. Pictures.
- Fawcett, Peter (1997) : Translation and Language : Linguistic Theories Explained. Manchester : St. Jerome.
- Globensky, Peter André (1998) : The Life of a Canadian Internationalist : Dr. John Peters Humphrey and the Universal Declaration of Human Rights. Revue de droit de l’Université du Nouveau-Brunswick, 47 : 5-17.
- Haddon, Mark (2003) : The Curious Incident of the Dog in the Night-Time. Londres : Jonathan Cape.
- Hobbins, Alan John (1989) : René Cassin and the Daughter of Time : The First Draft of the Universal Declaration of Human Rights. Fontanus, 2 : 7-26.
- Kerr, Gillian (2024) : John Peters Humphrey and Where the UDHR Began : The Secretariat Outline. Defining Moments Canada : Realizing the Pledge. Consulté le 8 février 2025, https://definingmomentscanada.ca/realizing-the-pledge/history/humphrey-where-udhr-began/.
- Munday, Jeremy, Ramos Pinto, Sara, Blakesley, Jacob (2001/2022) : Introducing Translation Studies : Theories and Applications. Londres/New York : Routledge.
- ONU (1948) : Déclaration universelle des droits de l’homme. Nations Unies. Consulté le 8 février 2025, https://www.un.org/fr/universal-declaration-human-rights/.
- ONU (s. d.) : Histoire de la rédaction de la DUDH. Nations Unies. Consulté le 8 février 2025, https://www.un.org/fr/about-us/udhr/history-of-the-declaration.
- Toury, Gideon (1995) : Descriptive Translation Studies—and beyond. Amsterdam : John Benjamins.
