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Comptes rendus

François Charbonneau. L’affaire Cannon : enquête sur le combat d’un médecin afro-américain contre la discrimination raciale au Château Frontenac, Montréal, Éditions du Boréal, 2025, 328 p.[Notice]

  • Samia Dumais

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  • Samia Dumais Université Concordia

Cet essai trace un portrait historique et politique du docteur George Cannon et des expériences qui l’ont mené à contester le traitement discriminatoire qu’il a reçu au Château Frontenac en compagnie de sa femme en août 1945. L’ouvrage, aux titres de chapitres plutôt non conventionnels, est séparé en trois parties. La première partie situe la genèse du livre : une démarche qui s’inscrit en réaction à la chronique de Jean-François Nadeau publiée en 2020 au sujet de l’affaire Cannon. George Cannon, médecin afro-américain, accompagné de sa femme Lilian Moseley, se voit refuser l’entrée à la salle à manger du restaurant du Château Frontenac. Alors que Nadeau considère l’affaire Cannon comme la preuve d’un « système d’exclusion raciale informel » dans son article du Devoir, Charbonneau se questionne sur l’interprétation dite « hasardeuse » de Nadeau (p. 22) ; il considère qu’il n’est pas possible que cet événement incarne l’existence d’un racisme antinoir propre aux Canadiens français dans les années 1940, malgré la couverture médiatique plus ou moins exacte des faits dans le journal Le Devoir en 1945. Ce qui est, à priori, une réflexion intellectuelle et individuelle sur les dynamiques sociolinguistiques qui auraient causé la mésaventure des Cannon à Québec évolue sous les yeux du lecteur pour devenir une véritable enquête historique. La deuxième partie de l’ouvrage se penche sur le vécu de George Cannon au fil des années. Ainsi, en historicisant la vie du médecin, Charbonneau brosse un portrait juste des réalités sociales vécues par les Afro-Américains aux États-Unis. Venant d’une lignée de Noirs libres (p. 58), Cannon rencontre des figures clés de l’intellectualisme afro-américain, telles que Booker T. Washington (p. 60), et développe des relations importantes avec des mécènes qui financent ses études (p. 94). Toutefois, le parcours éducatif de Cannon est marqué par plusieurs événements racistes à son égard : notons, entre autres, la tentative du doyen de l’Université de Chicago de le décourager de poursuivre des études de médecine (p. 72), ou bien le refus d’une étudiante tchèque d’être jumelée avec Cannon pour un travail d’équipe (p. 84). Il est intéressant de suivre Charbonneau dans son enquête archivistique, enquête qui le mène à diversifier sa méthodologie et à utiliser l’histoire orale. En effet, afin d’en savoir plus sur Lilian Moseley, l’auteur retrace la tante de celle-ci, Jane Davenport. Charbonneau décrit avec précision les étapes menant à sa discussion avec Davenport en mars 2023 (p. 112), un moment fort de son essai. L’auteur conclut cette partie en se penchant sur les affiliations politiques de Cannon dans les années 1950 et 1960, qui jongle entre soutien au Parti républicain et affinités avec des candidats démocrates (p. 180), malgré sa proximité avec les mouvements communistes dans les années 1940 (p. 176). La troisième partie de l’ouvrage entre dans le vif du sujet. Charbonneau contextualise l’événement : après deux soirées agréables au Château Frontenac, Cannon et Moseley se font refuser l’accès à la salle à manger. Une telle mesure est justifiée par l’inconfort de touristes américains à l’égard du couple (p. 208). Déboulent ensuite les retombées de l’interaction : le recours à un avocat québécois, Édouard Laliberté (p. 200), puis la poursuite judiciaire contre le Château Frontenac pour une somme de 900 $ (p. 224). Charbonneau souligne la fébrilité des personnes impliquées lors du dépôt de la poursuite, alors que l’audience se déroule le 9 août 1945, journée de la détonation de la seconde bombe atomique au Japon, à Nagasaki (p. 225). C’est dans cette section du livre que Charbonneau témoigne d’un phénomène bien connu des historiennes et des historiens, soit celui de devoir composer avec la bureaucratie des …

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