Au fil de mon parcours postdoctoral, je me suis découvert une passion pour ces cours souvent mal aimés que sont les cours de méthodologie des études littéraires. Offerts en première session de baccalauréat, ces cours, pourtant considérés au fondement des apprentissages universitaires, sont souvent boudés par le corps professoral : matière aride, éloignée des grands espaces de la pensée abstraite, peu axée sur l’analyse de textes littéraires. Or, j’ai pour ma part en grande estime les cours de méthodologie. Ils sont les lieux où s’apprennent les rudiments de la recherche, les manières de problématiser un sujet, les façons d’évaluer les sources. Expliquer la différence entre le cadre théorique et la méthodologie, entre un sujet et une question de recherche, entre ibid. et op. cit. n’a rien de si facile. Pour moi, trouver une douzième manière, différente et pertinente, d’expliquer la problématique est plus difficile que de présenter des concepts théoriques beaucoup plus abstraits. Je le répète aussi souvent dans mes cours : la méthodologie d’un article scientifique ou d’un projet de recherche est souvent le lieu où s’observe la subjectivité des chercheuses et des chercheurs. La méthodologie n’est jamais neutre (la recherche, en général, ne l’est pas non plus), elle est un des éléments à partir duquel on peut fonder un rapport critique à la recherche. Elle est l’explication des étapes, des outils, des objectifs. En ce sens, elle est au coeur de notre travail. Un dossier comme « Approches méthodologiques et théoriques en histoire intellectuelle », dirigé par Valérie Lapointe Gagnon, plonge dans des questions qui, vous l’aurez compris, me passionnent. En marge du dossier principal, on retrouve également deux articles libres qui prolongent à leur manière les réflexions du dossier thématique. Karim Chahine s’intéresse à un procès pour libelle diffamatoire qui fait événement à Québec en 1935 et qui oppose deux publications, le journal universitaire L’Hebdo-Laval et la revue Vivre. Pour sa part, Théodore Paquet analyse deux livres de Madeleine Ferron et de Robert Cliche, Quand le peuple fait la loi : la loi populaire à Saint-Joseph-de-Beauce (1972) et Les Beaucerons, ces insoumis (1974). Ces ouvrages permettent de dégager un point de vue historique sur la « résistance beauceronne », des décennies avant l’arrivée en politique de Maxime Bernier. Enfin, dans notre section « Perspectives », soit une section dédiée à des textes plus libres, Jean-Claude Simard et Yvan Lamonde† offrent un portrait détaillé des thèses de philosophie déposées à l’Université de Montréal (sujet, parcours des auteurs et autrices, etc.), qui ouvre la voie à des travaux subséquents en histoire de la philosophie au Québec. Nous avons le plaisir d’accueillir Karim Chahine au comité de rédaction de la revue. Doctorant à l’Université Laval, ses travaux portent notamment sur la trajectoire littéraire et intellectuelle de Jean-Charles Bonenfant. Nous nous réjouissons de son arrivée et nous lui souhaitons chaleureusement la bienvenue ! Bonne lecture !
Note de gérance[Notice]
- Rachel Nadon
Diffusion numérique : 16 juin 2026
Un document de la revue Mens
Volume 26, numéro 2, printemps 2026, p. 5–6
Approches méthodologiques et théoriques en histoire intellectuelle
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