À partir de sa thèse de doctorat réalisée à l’Université Laval, Marc-André Robert présente l’un des premiers ouvrages conséquents sur l’Office du film du Québec (OFQ). D’emblée, l’auteur s’applique à faire la distinction entre l’OFQ et l’Office national du film du Canada (ONF), deux institutions gouvernementales qui, bien qu’elles se soient occupées toutes deux de la production de films, n’ont pas produit les mêmes types de contenus pour les mêmes publics. Après avoir survolé quelques ouvrages et textes qui ont abordé l’histoire de l’OFQ, l’auteur expose l’objectif principal de sa recherche : « analyser et […] expliquer l’importance du médium cinématographique dans la communication des services de l’administration publique québécoise » (p. 14). La première partie est consacrée aux différentes tentatives des autorités gouvernementales québécoises d’utiliser le film comme « moyen de communication politique » (p. 18). Le premier chapitre se concentre sur les pionniers Joseph Morin du ministère de l’Agriculture et Gilbert Fournier du Service provincial d’hygiène, qui sont les premiers à expérimenter avec le cinéma dans les organismes gouvernementaux. Le deuxième chapitre s’intéresse au Service de Ciné-photographie de la Province de Québec (SCP), organisme qui fut fondé en 1941 à la recommandation de Joseph Morin dans l’objectif de centraliser toutes les activités cinématographiques du gouvernement provincial et qui disparut en 1961 au moment de la fondation de l’OFQ. Le chapitre décrit sa structure interne (Section de la photographie, de la production cinématographique et de la distribution), le succès retentissant des films à ses débuts et fait état de conflits avec l’ONF dans des campagnes conjointes. Élu premier ministre du Québec en 1944, Maurice Duplessis menaçait de fermer le SCP, mais s’en était finalement servi pour produire des films touristiques et pour promouvoir son programme politique. Le chapitre 3 est consacré à la fondation de l’OFQ, qui apparaît en 1961 alors que le parti au pouvoir de Jean Lesage scindait l’Office provincial de la publicité (qui comprenait jusque-là le SCP) en Office d’information et de publicité et en Office du film. Les objectifs de ce changement étaient d’encourager la production et la distribution de films gouvernementaux et de créer un cinéma visant les intérêts des Québécois et Québécoises plutôt que de servir d’outil de propagande. Robert rapporte que si les années 1961 à 1963 ont représenté une période de transition pour l’OFQ, les années 1963 à 1968 ont été foisonnantes, notamment parce que l’organisme avait obtenu la responsabilité de s’occuper de tout le contenu cinématographique entourant le Pavillon du Québec à Expo 67. Le chapitre 4 se concentre enfin sur la période 1967-1976, pendant laquelle l’OFQ était affilié au ministère des Affaires culturelles. On y apprend que l’OFQ était alors en crise en raison de coupes budgétaires du gouvernement de Robert Bourassa et de la perte du mandat éducatif octroyé par le ministère de l’Éducation, causant une importante perte de revenus et une diminution du public. L’Office fut ensuite intégré dans la nouvelle Direction générale du cinéma et de l’audiovisuel en 1976. Dans la deuxième partie, l’auteur explique le fonctionnement de l’OFQ entre 1961 et 1976 : les méthodes de travail, le matériel utilisé, le nombre de films produits et ses collections. Au chapitre 5, on apprend que l’objectif du directeur général de l’OFQ, André Guérin, était de produire des courts métrages ou des films-annonces (publicités) dont le contenu devait être pertinent pour au moins cinq ans et qui devait s’adresser à un vaste public. L’auteur montre par la suite les moyens techniques et technologiques dont disposait l’équipe de production, qui ont évolué au fil du temps. Robert aborde également le travail des cinéastes en mentionnant qu’ils jouissaient bien …
Marc-André Robert. L’Office du film du Québec : le cinéma au service de l’État et de ses citoyens, 1961-1976, Québec, Éditions du Septentrion, 2024, 450 p.[Notice]
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John Harbour
Université Laval
