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Note de gérance[Notice]

  • Rachel Nadon

À la fin de l’été dernier, mon amie Julie et moi nous sommes arrêtées au dépanneur Beau-soir de Laurier-Station pour acheter de quoi nous sustenter. J’ai rapidement repéré un sac de chips all dressed (les meilleures) et un petit sachet de fromage en grains, les essentiels pour compléter dans la bonne humeur le trajet en voiture jusqu’à Montréal. Pendant que Julie choisissait ses propres items, je me suis mise à flâner dans la section des magazines, journaux et revues. J’hésitais entre deux revues à potins, quand j’ai aperçu une pile de Photo Police. Fondé en 1968, le journal d’actualités criminelles est encore publié de manière bimensuelle, contrairement à son concurrent Allô police, lancé en 1953 et disparu en 2003. Le Photo Police n’est cependant pas distribué partout ; je ne l’ai jamais vu dans les rares dépanneurs de mon quartier montréalais embourgeoisé. Mais j’en avais entendu parler : pour certaines personnes de mon entourage, les méthodes de travail de Photo Police, peu rigoureuses, ont durablement affecté la réputation de tous les journaux d’actualités criminelles québécois, dont Allô police. La lecture et l’analyse des journaux criminels révèlent des choses étonnantes. Par exemple, dans les années 1980 et 1990, certains criminologues utilisent dans leurs recherches les bilans annuels de crimes perpétrés dans la province publiés par Allô police. Comme l’écrit Gilbert Cordeau en 1989, « [a]u Québec, la seule banque de données centralisée (autre que les statistiques) sur l’homicide est le journal Allô Police. Bien qu’une grande partie de cet hebdomadaire spécialisé dans l’homicide offre un contenu résolument sensationnel, les informations factuelles sont fiables, comme l’ont d’ailleurs démontré les archives policières que nous avons consultées par la suite ». Ma lecture des journaux d’actualités criminelles me permet d’ajouter que le rapport aux faits, dans l’hebdomadaire Allô police, n’exclut pas la fiction, du moins dans les premières années du périodique. Les articles du présent dossier contribuent à éclairer de manière passionnante les périodiques criminels comme Police Journal, qui constituent d’une certaine manière les « précurseurs » de Photo Police. Comme l’écrivent Marie-Pier Luneau et Harold Bérubé, il est essentiel, pour mieux comprendre la circulation des imaginaires médiatiques, de « questionner de manière frontale, dans ce dossier, l’essor du magazine policier, résolument populaire (voire populiste) au début des années 1940 au Québec ». Les articles nous permettent de réfléchir non seulement aux « débuts » du magazine policier au Québec à travers Police Journal, mais aussi certaines publications moins connues ou publiées dans les années suivantes comme Drame judiciaire, Détective mystère et Détective tout court (version québécoise). De cette manière, nous pouvons mieux comprendre ce qui est en jeu dans les journaux d’actualités criminelles, lus dans un tramway en 1943 ou au dépanneur Beau-soir de Laurier-Station en 2024.

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