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Recensions

Gerd Schwerhoff, Dieux maudits. L’histoire du blasphème. Traduit de l’allemand par Anne-Sophie Anglaret, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme (coll. « Bibliothèque allemande »), 2024, 443 p.[Notice]

  • Valentin Potier

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  • Valentin Potier Université d’Orléans, Laboratoire POLEN - CESFiMA

Alors que les discours sur le blasphème et les accusations d’actes blasphématoires se multiplient ces dernières années, aucune lecture d’ensemble du phénomène n’a jusqu’alors été tentée. La recherche sur le blasphème n’est pas inexistante, loin de là, et s’est même intensifiée depuis le milieu des années 1990. Mais l’A. de ce livre propose un constat d’une grande sévérité, puisqu’il estime que, parmi tous ces livres qui traitent du blasphème ces dernières années, « aucun, toutefois, n’est réellement satisfaisant » (p. 21). Aucun d’entre eux, explique-t-il, ne se propose de dresser un panorama complet du phénomène du blasphème et c’est cette carence que cherche à résorber ce livre. L’exercice est d’autant plus périlleux que le blasphème, défini comme « un dénigrement et un outrage envers le sacré » (p. 23), prend des formes et des contours très variables selon les espaces et les périodes. Pour réussir l’objectif de présentation générale du blasphème, le livre est construit en six parties qui avancent de manière chronologique. Dans la première partie (4 chapitres), l’A. revient sur la construction du blasphème dans l’Antiquité. Des textes bibliques jusqu’à l’Antiquité tardive et l’officialisation du christianisme comme religion d’État, en passant par les récits homériques, l’A. met en lumière les différentes manières dont le blasphème se déploie en premier lieu comme « le dénigrement des autres religions » (p. 65). Par ses critiques à l’encontre des religions polythéistes, le christianisme cherche à s’élaborer comme la seule religion de la vérité. Le blasphème, en tant que notion, se développe véritablement au vie siècle, lorsque l’outrage envers Dieu devient un crime condamné par une novelle de l’empereur Justinien. La deuxième partie, plus courte (2 chapitres), est centrée sur la question du blasphème entre « les enfants d’Abraham », c’est-à-dire les oppositions entre les trois religions monothéistes se réclamant du patriarche. Entre le christianisme et le judaïsme, les tensions apparaissent dès le début, puisque Jésus-Christ fut lui-même accusé de blasphème par les juifs et leurs prêtres. Globalement, l’A. démontre que, des deux côtés, des discours accusant de blasphème se multiplient : les juifs condamnent le caractère blasphématoire du Messie, et plus globalement du Nouveau Testament ; les chrétiens font de même à l’égard du Talmud, surtout à partir du milieu du xiiie siècle et d’une lettre célèbre qu’un juif converti au christianisme adresse au pape. Le texte juif, mais également les pratiques juives, seraient chargés d’actes et de propos blasphématoires, ce qui justifie le dénigrement, stimulé par la prédication chrétienne, mais également la persécution. L’A. rappelle par ailleurs que ces stéréotypes antijuifs ne s’essoufflent pas avec la fin du Moyen Âge, et sont fréquemment renouvelés jusqu’à l’époque la plus contemporaine. L’A. présente également les accusations mutuelles de blasphème qui émaillent les relations entre musulmans et chrétiens jusqu’à la fin du Moyen Âge, mais il met aussi en évidence le fait que le blasphème peut être un « problème intrareligieux » (p. 109), notamment à l’encontre des apostats qui renient leur foi. La troisième partie (3 chapitres) porte sur le blasphème sur la longue période du Moyen Âge occidental ; cette partie est assez riche puisqu’elle correspond au champ d’expertise initial de l’auteur. Il y démontre l’importance du blasphème dans l’économie des péchés de la langue qui s’élabore à partir du xiie siècle, mais également la construction législative du crime de blasphème dans les royaumes européens, avec un prisme particulier qui se focalise sur la France, l’Allemagne ou la Suisse. Même si le blasphème constitue un crime peu représenté dans les sources judiciaires — l’A. parle de 1 à 5 % de la criminalité globale (p. 133), sans justifier …

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