Certaines fonctionnalités et contenus sont actuellement inaccessibles en raison d'une maintenance chez notre prestataire de service. Suivez l'évolution

Dossier

Liminaire[Notice]

  • Cristian Ciocan et
  • Natalie Depraz

…plus d’informations

  • Cristian Ciocan L’Institut de recherche de l’Université de Bucarest (ICUB)

  • Natalie Depraz Institut de recherches philosophiques (IRePh), Université Paris Nanterre

Le présent numéro spécial a été réalisé dans le cadre du projet « The Life of the Heart : Phenomenology of Body and Emotions » (Université de Bucarest, ICUB), financé par l’instrument NextGenerationEU de l’Union européenne, dans le cadre du Plan national de relance et de résilience de la Roumanie (Pilier III-C9-I-8), géré par le ministère de la Recherche, de l’Innovation et de la Numérisation (contrat no 760052/ 23.05.2023, code CF 21/14.11.2022).

Les contributions du présent volume dessinent les contours d’une carte de l’affectivité au relief inédit. Ce qui domine les analyses, ce sont en effet les tensions, les résistances, les luttes, les crises, qu’il s’agisse de la vie quotidienne, des mouvements pathologiques de l’existence, ou encore des structures cosmologiques. On est loin d’une conception harmonieuse des émotions où dominerait un partage irénique, une sympathie immédiate ou encore une relation de confiance univoque dans les autres et dans le monde. En effet, l’anthropologie des émotions qui se dessine à travers ce volume reflète à cet égard notre monde en crise et la dynamique ambivalente de nos relations. Car, même s’il peut y avoir partage affectif ou confiance donnée, ces émotions positives se doublent à chaque fois d’une inquiétude ou d’une quête de reconnaissance. Ainsi, loin d’une partition binaire et simple entre des affects négatifs et des affects positifs, on voit émerger des dynamiques émotionnelles complexes quasi antinomiques parfois. L’article de Maria Gyemant approche la question de l’affectivité dans le cadre de la confrontation entre Brentano et Husserl autour des Gefühlsempfindungen ou sinnliche Gefühle, en se focalisant sur le statut du plaisir et du déplaisir, à la frontière de la sensation et du sentiment, du psychique et de l’intentionnel. L’autrice montre que la question de savoir si les « sensations affectives » sont intentionnelles met au jour deux conceptions divergentes de la vie psychique. Chez Brentano, tout ce qui est psychique est, en principe, intentionnel ; chez Husserl, au contraire, la sphère psychique comporte aussi une dimension pré-intentionnelle, et c’est précisément là que viennent prendre place les sentiments sensibles. L’article reconstitue d’abord la position de Brentano, qui soutient que, en dépit de l’impression d’immédiateté qui caractérise la douleur ou le plaisir, il ne s’agit pas de sensations simples, mais de sentiments fondés sur des représentations. Même lorsqu’elle semble purement subie, la douleur implique encore une structure intentionnelle, fût-ce à travers la représentation de la partie du corps atteinte. La catégorie des « sensations affectives » s’avère ainsi, chez Brentano, presque impropre : plaisir et déplaisir relèvent moins de la sensation que de la troisième classe des actes psychiques, celle des phénomènes affectifs. Par contre, Husserl maintient que, même si les sensations appartiennent bien à la sphère psychique, elles ne sont pas des actes intentionnels, mais des composantes hylétiques de l’acte, des contenus infra-intentionnels à partir desquels seulement un objet peut être visé. Cette requalification vaut également pour les sensations affectives. Dans leur forme sensible, plaisir et déplaisir ne visent pas eux-mêmes un objet, mais colorent affectivement l’objet visé dans un acte d’ordre supérieur. Placée en ouverture du volume, cette contribution met en lumière une tension constitutive de la phénoménologie de l’affectivité, celle qui traverse la distinction entre intentionnalité et pré-intentionnalité. En ce sens, l’article fournit un soubassement historique et conceptuel, tout en ouvrant une question capitale : comment penser le passage de ces structures affectives élémentaires aux formes plus élaborées de la vie affective, notamment dans leur dimension intersubjective et existentielle ? C’est précisément ce déplacement qu’opère l’article de Claudia Serban, qui aborde l’affectivité à partir de son déploiement dans la relation à autrui. L’autrice propose une relecture originale de la Mitfreude (la joie partagée), en la dégageant d’une compréhension strictement passive héritée de la tradition phénoménologique. Si, depuis Max Scheler et Edmund Husserl, le co-sentir est décrit comme une modalité originaire de l’intersubjectivité, il est le plus souvent envisagé sous le signe de la réceptivité. Mais le partage de la joie — c’est la thèse de l’article — engage également une dimension d’agentivité et, plus encore, un véritable travail émotionnel. L’analyse …

Cadenas

L’accès à cet article est réservé aux institutions et personnes abonnées, seul le résumé ou un extrait est affiché.

Consultez nos options d’accès pour obtenir plus d’informations.

Options d’accès