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Recensions

Justin David Strong, Ruben Zimmermann, éd., Animals in the New Testament : Perspectives from Animal Studies and Ancient Contexts. London, New York, Oxford, New Delhi, Sydney, T&T Clark, Bloomsbury Publishing (coll. « The Library of New Testament Studies »), 2025, 296 p.[Notice]

  • Sébastien Doane

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  • Sébastien Doane Université Laval, Québec

La première partie du livre regroupe deux chapitres introductifs écrits par Justin David Strong, qui visent à montrer l’impact du « tournant animal » en sciences humaines sur les études néotestamentaires, ainsi qu’à proposer des stratégies interprétatives permettant de mieux discerner les animaux qui n’attirent généralement pas l’attention des commentateurs. Pour Strong, les cadres conceptuels modernes et l’anthropocentrisme de nos interprétations figurent parmi les raisons pour lesquelles on ne remarque pas, par exemple, l’éponge de mer utilisée pour offrir une boisson au crucifié (Mc 15,36), la corporéité de l’Esprit sous la forme corporelle d’une colombe (Lc 3,22), ou encore l’animalisation de certains humains, comme Jean Baptiste, dont la tête est servie sur un plateau lors d’un repas (Mc 6,14-29), ou de peuples qui, selon 2 P 2,12-13, sont décrits comme des animaux sans logos, nés pour être tués. Ces passages ouvrent la voie à une discussion éthique sur le rapport à l’animalité, tant dans les textes bibliques que dans nos propres contextes. L’un des principaux points forts de l’ouvrage réside dans ses méthodologies résolument diversifiées, voire interdisciplinaires. La deuxième section, qui explore les animaux dans les contextes antiques classiques, mobilise la philosophie animale gréco-romaine (Hedwig Schmalzgruber), les études sur les émotions animales dans la littérature populaire gréco-romaine (Stephen Newmyer) ainsi que l’anthropomorphisme dans les fables (Ursula Gärner). Ces contributions montrent que les animaux font l’objet de discussions variées dans les milieux culturels proches de ceux où furent produits les textes du Nouveau Testament. La troisième section regroupe onze études consacrées aux animaux dans des passages spécifiques du Nouveau Testament. Je souligne ici trois de celles-ci qui portent sur le rapport aux brebis et aux agneaux abordé dans trois chapitres stimulants. Ursula Kaiser propose un survol des références aux brebis dans le Nouveau Testament en se demandant si les textes renvoient à des animaux réels ou exclusivement à des figures symboliques. Elle conclut que, bien que les références aux brebis soient fréquentes, elles relèvent presque toujours de l’ordre de la métaphore, ce qui entraîne une déconnexion d’avec les « vraies » brebis. L’article le plus bouleversant est sans doute celui de Stephen Moore, qui s’intéresse à la sotériologie de la crucifixion de l’homme/agneau dans l’Évangile selon Jean. Ce chapitre offre également un aperçu synthétique de la recherche actuelle en herméneutique écologique et en études animales appliquées à l’exégèse. Théoriquement dense, Moore s’appuie principalement sur Derrida. Il interroge la souffrance animale de l’Agneau de Dieu en Jean en posant des questions crues, rarement formulées dans la tradition interprétative. Dans le quatrième évangile, Jésus meurt en tant qu’agneau pascal. Moore demande : « pourquoi doit-il mourir ? » La réponse s’élabore à partir du système sacrificiel et de sa logique fondée sur l’abattage d’animaux. Cette analyse débouche sur une implication théologique importante : « the deity that presides over the narrative and symbolic worlds of the Fourth Gospel is one whose favor is obtained by the spilling of blood — specifically, humanimal blood » (p. 131). L’intérêt porte alors sur ce que Moore qualifie de « soteriological slaughterhouse » qu’est l’Évangile de Jean. Cette conception du salut fonctionnerait comme une machine sacrificielle cruelle et sanglante, incorporant une cruauté sanctifiée (p. 132). Or, l’interprétation de Jean à travers les siècles a rarement adopté un regard critique sur la violence attribuée à une divinité dont le pardon et le salut supposeraient l’effusion de sang. Le questionnement éthique et théologique de Moore s’achève en établissant un parallèle avec l’abattage industriel contemporain et la violence inhérente à la théologie sacrificielle. « If Christianity is to be liberating for all the oppressed whether human or other-than-human, it …

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