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Recensions

Sarah E. Rollens, Eric M. Vanden Eykel, Meredith J.C. Warren, éd., Judeophobia and the New Testament : Texts and Contexts. Grand Rapids, Wm. B. Eerdmans Publishing Co., 2025, 372 p.[Notice]

  • Sébastien Doane

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  • Sébastien Doane Université Laval, Québec

L’ouvrage Judeophobia and the New Testament s’inscrit dans un champ de recherche à la fois sensible et crucial : l’examen des rapports entre les écrits néotestamentaires et l’histoire de l’antijudaïsme chrétien. Dans le prolongement des débats suscités depuis la Shoah, et nourri par plusieurs décennies de recherches sur le « parting of the ways » ainsi que sur le judaïsme du Second Temple, ce volume entend affronter de front la question de la judéophobie : dans quelle mesure certains textes du Nouveau Testament ont-ils contribué — intentionnellement ou non — à la formation d’attitudes hostiles envers les Juifs ? L’ouvrage se distingue d’abord par sa volonté méthodologique de ne pas confondre analyse historique et réception ultérieure. Les auteurs insistent sur la nécessité de situer les textes dans leurs contextes intrajuifs du ier siècle. Les conflits mis en scène dans les évangiles ou les lettres pauliniennes ne relèvent pas d’un antagonisme entre deux religions distinctes, mais de débats internes au judaïsme ancien. Cette contextualisation rigoureuse permet de déconstruire certaines lectures anachroniques qui projettent sur les textes des divisions confessionnelles ultérieures. La première partie du livre regroupe des chapitres centrés sur des enjeux particuliers. Par exemple, Meredith Warren et Shayna Sheinfeld critiquent la judéophobie véhiculée par des caricatures qui présentent les pharisiens comme l’archétype du légalisme hypocrite. Cette section comprend également des études portant sur des contextes pédagogiques spécifiques, notamment celle de Tom de Bruin sur la judéophobie présente dans certains séminaires formant des ministres de culte chrétien. La deuxième section propose un chapitre consacré à chacun des livres du Nouveau Testament (ainsi qu’à quelques textes parabibliques) afin d’analyser la manière dont les passages clés peuvent être compris par rapport à l’antijudaïsme. Les auteurs et autrices réunis, spécialistes reconnus de ces corpus, forment un ensemble particulièrement solide. Animés par une intention pédagogique manifeste, les chapitres se concluent par des questions de discussion, des suggestions d’activités et une brève bibliographie pour approfondir la réflexion. Le volume devient ainsi une ressource permettant à son lectorat de passer de la réflexion universitaire à l’enseignement et à une transformation des pratiques, dans la perspective de réduire la discrimination envers les personnes juives. Plusieurs contributions examinent des passages traditionnellement invoqués dans les discussions sur l’antijudaïsme : les invectives contre « les Juifs » dans l’Évangile selon Jean, les malédictions de Matthieu 23, ou encore certains passages interprétés comme supersessionistes chez Paul. L’analyse montre que ces textes utilisent un langage polémique caractéristique de la rhétorique antique, souvent hyperbolique, et qu’ils doivent être compris dans des contextes précis de rivalités communautaires. Toutefois, l’ouvrage ne cherche pas à minimiser la force de ces formulations ni leurs effets historiques. Il reconnaît que ces passages ont servi de fondement scripturaire à des siècles de théologie de substitution et de persécutions. L’un des apports majeurs du volume réside dans sa réflexion herméneutique. Les auteurs soulignent que la question n’est pas seulement de savoir ce que les textes « voulaient dire », mais aussi ce qu’ils « ont fait » dans l’histoire. Cette double attention — historique et éthique — ouvre un espace de responsabilité interprétative pour les exégètes contemporains. Lire le Nouveau Testament aujourd’hui implique de reconnaître la charge historique de certains versets et de développer des stratégies herméneutiques capables de prévenir leur instrumentalisation antijuive. Sur le plan critique, on pourrait souhaiter une interaction plus approfondie avec certaines approches issues des études postcoloniales ou des théories du discours, qui auraient permis d’élargir encore la réflexion sur les mécanismes d’altérisation. On peut également noter qu’en se concentrant principalement sur les aspects antijuifs du Nouveau Testament et de leurs interprétations chrétiennes, le volume court …

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