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Recensions

Brandon R. Grafius, John W. Morehead, éd., Oxford Handbook of Biblical Monsters. New York, Oxford, Oxford University Press, 2025, xiii-466 p.[Notice]

  • Sébastien Doane

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  • Sébastien Doane Université Laval, Québec

L’un des mérites du volume réside dans l’élargissement de la catégorie même de « monstre ». Les contributions montrent que le monstrueux ne renvoie pas uniquement à des créatures fantastiques, telles que Léviathan, Béhémoth ou les dragons apocalyptiques, mais inclut aussi des figures hybrides, des corps difformes, des entités liminales et même certains personnages humains construits comme radicalement autres. En cela, ce volume adopte une définition souple et théoriquement informée du monstre, conçu comme ce qui trouble les frontières : entre humain et animal, naturel et surnaturel, ordre et chaos, pur et impur. « “Monsters” should be an ontological category, designating creatures who exist outside of the confines of what we consider natural through some combination of size, category-crossing, or other physical traits […] » (p. 5). Sur le plan méthodologique, l’ouvrage se distingue par sa diversité d’approches. Certaines études privilégient une analyse philologique et historique des traditions du Proche-Orient ancien, situant les monstres bibliques dans un vaste réseau mythologique partagé avec les cultures mésopotamiennes et ougaritiques. D’autres adoptent des cadres théoriques issus des monster studies contemporaines ainsi que des théories sur les corps, les genres ou l’altérisation (othering). Cette pluralité méthodologique constitue l’un des points forts du volume : elle permet d’éviter une réduction univoque du monstrueux et de rendre compte de sa polyvalence herméneutique. Ce volume est divisé en six parties. La première regroupe quatre chapitres, trois qui fournissent un arrière-plan méthodologique, et un qui traite des monstres dans la littérature mésopotamienne pour donner un arrière-plan contextuel. La deuxième partie comporte six études sur des monstres de la Bible hébraïque tels que Moloch, Anzu, les géants, Lilith et les fantômes en Mésopotamie — chapitre qui aurait dû être placé dans la première section. La troisième partie explore la relation entre la monstruosité et la divinité à partir de Daniel 7, Léviathan, Béhémoth, Satan et Sheol, en tant que monstre. La quatrième section porte sur les dynamiques de contrôle. Megan Remington propose un regard sur les quatre monstres hybrides en Ézéchiel. Ce chapitre montre que la monstruosité n’a pas qu’une catégorie pour exprimer une valence morale négative. Les quatre vivants en Ézéchiel sont des figures ambiguës et hybrides associées au divin et à sa révélation. Rhiannon Graybill et Peter Sabo écrivent leur chapitre sur la féminité comme une catégorie monstrueuse dans la Bible hébraïque, une proposition provocante qui analyse Jael comme femme castrante, les mères cannibales, la fille de Sion ainsi que le rapport pur-impur autour des corps des femmes. L’imbrication monstrueuse des anxiétés, des genres, des corps dans les textes de la Bible hébraïque est à comprendre à partir des idéologies patriarcales et misogynes de cette littérature. Ceci montre un monstre encore plus terrifiant : le côté obscur de l’inconscient patriarcal. La cinquième partie regroupe cinq textes sur les monstres du Nouveau Testament et du Second Temple. Enfin, la dernière section du volume ouvre aux réceptions des monstres bibliques. Les six chapitres de cette section montrent comment la culture actuelle ou récente redonne vie dans de nouveaux contextes à ces monstres bibliques. Plusieurs chapitres mettent en lumière la dimension politique du monstre. Les figures monstrueuses apparaissent souvent comme des dispositifs de construction de l’ennemi ou comme des projections symboliques de menaces impériales. Dans les textes apocalyptiques, par exemple, les bêtes représentent des pouvoirs oppressifs, tandis que, dans d’autres contextes, le monstre incarne le chaos primordial que YHWH doit maîtriser pour établir l’ordre cosmique. Ainsi, le monstrueux fonctionne comme un langage théologique du conflit, révélant les anxiétés collectives et les stratégies discursives des communautés productrices des textes. Le volume accorde également une attention appréciable aux réceptions ultérieures …

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