Dans l’espace académique de l’islamologie, PLURIEL (Plateforme universitaire de recherche sur l’islam en Europe) a acquis, en moins d’une décennie, une place singulière : fédérer des chercheuses et des chercheurs d’aires et de disciplines diverses autour de l’étude de l’islam dans ses pluralités, et nourrir un dialogue intellectuel qui déborde la seule islamologie pour rencontrer les questions de l’altérité, de l’éthique et de la théologie pratique. Le réseau fédère des laboratoires de recherche, des chaires universitaires, des publications, et surtout propose un cycle de congrès thématiques qui donnent le tempo d’un programme scientifique au long cours. Cette dynamique s’est structurée par étapes : Lyon 2016, avec « Islam au pluriel », a posé d’emblée le refus des lectures monolithiques de l’islam ; Rome 2018, avec « Islam et appartenances », a éclairé les entrelacements du religieux et du social ; Beyrouth 2022, avec « Islam et altérité », a affronté le coeur théologique et anthropologique de la relation à l’autre en islam ; Abou Dhabi 2024, avec « Islam et fraternité », a déplacé la focale vers l’éthique et le bien commun pour penser une citoyenneté inclusive au nom de la fraternité ; enfin, Cordoue 2026, depuis un lieu hautement symbolique, a revisité les ressources historiques et conceptuelles d’une convivialité disputée à la lumière du lien entre éthique et esthétique dans le patrimoine islamique. Ensemble, ces colloques dessinent une véritable grammaire de recherche : de la pluralité des expressions de l’islam, à l’examen des appartenances, puis à l’épreuve de l’altérité, pour ouvrir à une fraternité à la fois civile et théologique. Cette trajectoire oblige, de part en part, à penser une théologie et une éthique islamiques de l’autre, en conversation avec les sciences humaines et le patrimoine des traditions religieuses, contribuant ainsi à nourrir le dialogue interreligieux. Le dossier que nous présentons ici s’inscrit exactement dans cette dynamique : il rassemble six contributions issues de travaux menés par des chercheurs du réseau PLURIEL. Chaque article examine la relation islamo-chrétienne à travers l’analyse juridique, la réflexion théologique et la critique des dérives idéologiques. Le dossier s’ouvre avec l’étude de Michel Younès consacrée à la théologie comparative. Discipline émergente, cette approche se distingue de la théologie des religions et du dialogue interreligieux en privilégiant un véritable apprentissage « par l’autre ». L’auteur retrace la genèse et la structuration de cette méthode, développée notamment par Francis X. Clooney, Catherine Cornille et Klaus von Stosch, et en évalue les apports comme les limites. Loin d’une simple comparaison académique, la théologie comparative suppose une immersion érudite dans la tradition d’autrui, afin d’en dégager des ressources susceptibles d’éclairer sous un jour nouveau sa propre foi et de contribuer à son approfondissement. En interrogeant ses potentialités et ses fragilités, Younès montre combien cette démarche renouvelle la réflexion théologique contemporaine. Elle éclaire les impasses de la théologie des religions, tout en ouvrant de nouvelles perspectives pour le dialogue interreligieux. Ce faisant, l’article trace une voie stimulante : penser la rencontre des traditions comme une occasion de transformation réciproque. La réflexion se poursuit par l’article de Tobias Specker qui, à la lumière de la doctrine de l’iʿjāz coranique, soulève des questions propres à la théologie comparative. À partir de l’approche contemporaine de la révélation coranique par Kermani, caractérisée par sa dimension esthétique, et dont on trouve une illustration dans l’oeuvre récente d’Iyas Hassan, l’auteur montre que la perspective esthétique permet de mettre l’accent sur la forme et l’expérience de la révélation. Cette approche singulière de la révélation ouvre ainsi des pistes de correspondances interreligieuses. La réflexion chrétienne peut par conséquent enrichir sa compréhension de la révélation en intégrant …
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Guy-Raymond Sarkis Faculté des sciences religieuses, IEIC Université Saint-Joseph de Beyrouth, Liban
Emmanuel Pisani Faculté de théologie, Institut Catholique de Paris
Michel Younès Faculté de théologie, Université Catholique de Lyon
