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Recensions

Louis Favretti, L’historien Maurice Séguin et la tragédie québécoise. Les postulats philosophiques et religieux de sa théorie de l’histoire. Montréal, Éditions Mots en toile, 2025, 432 p.[Notice]

  • Pierre Trépanier

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  • Pierre Trépanier
    Université de Montréal

Audace et intégrité caractérisent cette étude sur les postulats philosophiques et théologiques de la théorie de l’histoire qu’expose le professeur Maurice Séguin dans le polycopié Les Normes, distribué en 1965 à ses étudiants de l’Université de Montréal. Avec François-Xavier Garneau et Lionel Groulx, Séguin est l’un des trois grands noms de l’historiographie nationaliste au Québec : le libéral, le traditionaliste et le moderniste. Ses commentateurs insistent sur la rupture que détermine son oeuvre dans la pratique du métier d’historien et saluent en lui le maître du néonationalisme indépendantiste, en dépit de son pessimisme de doctrine : la nation canadienne-française se débat au fond d’un dilemme entre une impossible quoique nécessaire indépendance et une impossible assimilation. Elle paraît donc condamnée à une existence médiocre de nation annexée. Les paradoxes séguiniens appellent une analyse en profondeur à laquelle se sont livrés ses disciples, mais de manière beaucoup trop unilatérale. Ils se sont refusés à sonder la substructure, en bonne partie étrangère à l’esprit séculier de la Révolution tranquille, sur laquelle la pensée de l’historien se fonde. Ils ne se sont guère attardés à scruter l’opération par laquelle le nouveau est sorti de l’ancien. Or Séguin est un penseur cohérent, d’une sévère exigence intellectuelle, ennemi des à-peu-près rhétoriques. Louis Favretti ose affronter l’intégralité des présupposés de la théorie séguinienne de l’histoire, dans sa genèse et sa réalisation, dans sa structure et ses tensions. Ce n’est pas un mince mérite, car Séguin a peu écrit, s’est peu confié et a laissé des archives parcimonieuses. Il est impossible de savoir s’il y a eu évolution après 1965 et ce qu’elle a été. Pour l’essentiel, l’historien a dû se contenter d’une exploration en profondeur des Normes. Il y déploie beaucoup de patience et de capacité d’analyse. Sa démarche s’inspire de la méthode des historiens de la philosophie Henri Gouhier et Martial Gueroult. Il s’agit de mettre au jour la loi intime qui régit une structure de pensée faisant système, où tous les éléments importants s’appellent et s’organisent suivant une logique qu’il faut pénétrer. Les commentateurs de Séguin glissaient sur le fait indubitable de sa foi catholique, sur la formation thomiste reçue au collège classique ; ils n’en apercevaient pas la fécondité, l’esprit laïque et matérialiste censé caractériser la Révolution tranquille y étant contraire. Un problème immense aurait dû pourtant solliciter l’attention des chercheurs : si Thomas d’Aquin a fourni une bonne part de la conceptualisation mise en oeuvre dans Les Normes, comment se fait-il que la compréhension du politique et de l’histoire qui s’y déploie soit si pessimiste et si amorale ? Que l’on insiste sur le versant existentialiste ou sur le versant essentialiste du thomisme, force est de reconnaître que l’humanisme politique de Thomas d’Aquin est résolument optimiste, centré qu’il est sur la morale du bien commun, comme il convient à ces êtres essentiellement, et non pas accidentellement, sociaux que sont les hommes, agissant librement quoique dans le cadre du providentialisme. C’est donc que la vision du monde de Séguin, par approfondissement de sa réflexion et observation du présent autant que du passé, a pris une tonalité et une tournure différentes. Confronté à l’expérience, le raisonnement déductif doit céder le pas. Séguin est un moderne. La modernité est « matérialiste » en proportion de son attachement aux facteurs intramondains, en particulier à l’affrontement des visées de puissance et au choc des intérêts économiques des empires, des peuples et des classes sociales. Elle est aussi tendanciellement agnostique et même athée. Pourtant la modernité, bien réelle, de Séguin reste croyante et même catholique. Il croit toujours à l’action du péché originel dans l’histoire, dont …

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