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Recensions

Jaeda Charlotte Calaway, The Wild Word. Animals in the Gospels. Montreal, Kingston, London, Chicago, McGill-Queen’s University Press, 2025, xv-244 p.[Notice]

  • Sébastien Doane

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  • Sébastien Doane
    Université Laval, Québec

Jaeda Calaway propose un ouvrage original et stimulant, qui s’intéresse aux rôles souvent négligés des animaux dans les Évangiles, mais aussi à la manière dont ceux-ci deviennent des vecteurs de réflexion sur les frontières poreuses et l’enchevêtrement entre humains et non-humains. L’ambition interdisciplinaire du livre est remarquablement bien menée. On y retrouve des apports des études animales, des théories queer, des théories de l’affect, du posthumanisme, de la théologie et de l’exégèse. En plus de mobiliser les auteurs classiques des études animales — tels Derrida, Deleuze et Guattari ou Haraway —, Calaway s’appuie sur Jack Halberstam et Karen Barad afin de développer un regard queer sur l’animalité des évangiles. La structure de l’ouvrage conduit le lecteur de chapitres relativement accessibles vers des analyses plus innovantes et complexes. Les premiers chapitres examinent les animaux comme tels et leurs relations avec les humains qui les consomment en mangeant, en s’habillant ou en sacrifiant. Par exemple, Calaway interroge la dimension ichtyologique de la multiplication des poissons : le miracle suppose-t-il la mort de plus de deux poissons ? Comment penser, d’un point de vue éthique, le sort de poissons voués à une durée de vie extrêmement brève et entièrement orientée vers la consommation humaine ? L’analyse met en lumière un Jésus globalement anthropocentrique, favorisant la consommation animale, particulièrement en Matthieu et en Luc. Toutefois, Marc présente un Jésus davantage lié aux espaces non humains, ainsi qu’aux animaux sauvages, aux démons et aux anges. Dans les derniers chapitres, l’attention se déplace vers des aspects plus symboliques. Calaway étudie la manière dont les Évangiles animalisent soit les disciples de Jésus, soit ses opposants — une dynamique dangereuse puisqu’elle peut justifier la violence envers les déshumanisés. L’analyse des animaux devient alors une clé pour explorer l’identité affective et sociale entre humains. L’avant-dernier chapitre traite des intersections entre le divin et le démoniaque autour des figures animales, tandis que le dernier suit la représentation des animaux dans le film Son of Man. Enfin, la conclusion ouvre la voie à des lectures queer et trans de l’animalité biblique. Cette progression permet à Calaway de naviguer entre interprétations littérales et métaphoriques, tout en ancrant ses explorations théoriques dans une analyse textuelle solide. Le style, à la fois personnel et cru, rend la lecture engageante. Les Évangiles canoniques, que Calaway qualifie de « domestic gospels », occupent une place centrale, mais les Évangiles apocryphes — appelés « feral gospels » — sont également très présents. L’ouvrage traite aussi de plusieurs passages de la Bible hébraïque, parfois avec moins de précision. Par exemple, à la page 173, Calaway affirme que, dans les traditions bibliques, les lions ne consomment que potentiellement des humains en référence à Daniel 6. Or, en Dn 6,25, si le héros échappe aux lions, ses opposants, leurs femmes et leurs enfants sont bel et bien dévorés. Grâce à sa densité théorique, The Wild Word propose des perspectives croisées stimulantes, originales et audacieuses. L’ouvrage invite à repenser les liens entre anthropologies théologiques, éthique animale et frontières entre l’humain et le vivant.

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