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Notes critiques

Faire la vérité : de l’inversion à la metanoia [Notice]

  • Élodie Boublil

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  • Élodie Boublil
    Université Paris Est Créteil (UPEC), France

L’ouvrage de Gaëlle Fiasse, Communion, fusion, confusion. Les abus d’adultes dans l’Église et ailleurs (Médiaspaul, 2025), apporte une contribution philosophique au questionnement contemporain sur « la crise des abus dans l’Église » — expression que nous pourrions interroger, tant il est vrai que le terme de « crise » laisserait penser qu’il s’agit d’un phénomène certes paroxystique mais néanmoins ponctuel, au sein d’une histoire longue qui saurait en absorber, voire en effacer, les stigmates. Tout au contraire, l’ouvrage permet de comprendre certains aspects de la dimension systémique de ces phénomènes, pour mieux rendre possible le travail de vérité qui permettrait de les éradiquer. Nous pouvons souligner 5 aspects fondamentaux de l’ouvrage en lien avec les recherches contemporaines : 1) Il interroge spécifiquement les abus sexuels commis sur des personnes adultes et, en particulier, sur des femmes majeures, dans le cadre d’une relation d’accompagnement spirituel. 2) Ce faisant, il permet d’interroger et de redéfinir la catégorie de « vulnérabilité » souvent employée (« tous/toutes vulnérables »), sans être réellement différenciée et contextualisée, au sein des rares réflexions existantes sur les abus touchant des personnes majeures ; comme le souligne Gaëlle Fiasse avec force dès le début du livre : C’est ainsi la situation personnelle et communautaire dans laquelle est placée la victime, l’ouverture et la confiance dont elle fait preuve au sein de cette relation asymétrique qui rendent possible l’abus et non la personnalité de la victime, son attitude ou son histoire qui seraient responsables des « tentations ou des faiblesses » d’un homme (ou d’une femme) qui n’aurait pas su s’empêcher — autant d’euphémismes et de périphrases souvent employés pour contourner l’examen de conscience attentif et la honte, préalable à toute conversion, dont parlait François dans sa Lettre au Peuple de Dieu (2018). Ainsi, ces femmes n’étaient pas, nécessairement, intrinsèquement vulnérables, manquant d’équilibre ou « fragiles » — et Gaëlle Fiasse de rappeler que la phrase « les victimes sont des folles » (p. 34) est alors répétée à l’envi lorsqu’il s’agit de minimiser la gravité des actes et la responsabilité de l’agresseur. Comme l’indique également Jacques Arènes : « […] ce trait de stigmatisation psychologisante des victimes peut être relevé dans de nombreux abus de pouvoir », a fortiori lorsqu’il s’agit de décrédibiliser la parole des « rebelles » qui résistent à l’abus. Néanmoins, ces femmes étaient toutes placées en situation de vulnérabilité, car d’une part la relation d’accompagnement expose intrinsèquement l’intimité de l’accompagnée qui s’ouvre et se confie et que, d’autre part, cette relation reposait sur des conceptions déviantes de l’autorité, de l’obéissance et de la liberté souvent défendues et portées par l’ensemble d’une communauté. 3) Le livre apporte une contribution philosophique, grâce aux compétences de l’auteure, en analysant de manière critique les conditions de possibilité symboliques et discursives de l’abus, et plus particulièrement les contextes herméneutiques et épistémiques qui favorisent leurs apparitions (stoïcisme amoral, corruption de la théorie des vertus et des passions, perversion de la notion d’amour miséricordieux développée par Thérèse de Lisieux), afin d’en démasquer les erreurs et les injustices. Il ne s’agit donc pas uniquement de prendre la perspective de la miséricorde et de la compassion pour se tenir au chevet des victimes — ce qui est déjà un objectif aussi louable que nécessaire — mais ce faisant, il s’agit également de libérer l’intelligence individuelle et collective d’un rapport déviant et non structurant à la vérité, qu’il s’agisse de la vérité dogmatique, canonique ou morale (dans le contexte ecclésial catholique), ou de la vérité qui naît d’un effort commun pour reconnaître et qualifier une expérience ou un fait et le comprendre, sans pour autant …

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