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Notes critiques

À propos d’un ouvrage récent : De la prédestination à la réprobationPhilippe-Marie Margelidon, De la prédestination à la réprobation. Un débat inachevé entre Jacques Maritain et Jean-Hervé Nicolas, Paris, Pierre Téqui éditeur (coll. « Croire et Savoir », 69), 2022, 152 p.[Notice]

  • Louis Brunet

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  • Louis Brunet
    Philosophie, Cégep de Sainte-Foy, Québec

En affirmant que « ceux que Dieu a d’avance discernés, il les a aussi prédestinés » (Rm 8,29), saint Paul ne pouvait sans doute pas imaginer les longues controverses que sa formule allait susciter parmi les théologiens. « Comment coordonner la causalité totale de Dieu et la liberté humaine dans le concret des actes humains, spécialement en matière de don ou de refus de la grâce, en évitant molinisme et jansénisme ? » À cette difficile question posée en quatrième de couverture de son plus récent ouvrage, le directeur de la Revue thomiste ne prétend pas apporter une réponse définitive, mais, plus modestement, se propose d’exposer et d’analyser les termes de la dispute, pour permettre à chacun de se forger une conviction raisonnée en cet important domaine de la théologie. Pour y parvenir, il évoque principalement la discussion, au cours du vingtième siècle, entre l’un des tenants de la position traditionnelle (qui trouve sa source chez le grand commentateur espagnol Bañez) et un philosophe et théologien thomiste plus innovateur. D’où le sous-titre de son ouvrage, Un débat inachevé entre Jacques Maritain et Jean-Hervé Nicolas. Les explications données en introduction et au début de chaque chapitre permettent de saisir le plan de l’ouvrage. La présence d’un premier chapitre sur « La théologie de la prédestination et de la réprobation selon Réginald Garrigou-Lagrange » s’explique comme suit : les deux protagonistes du débat ont saint Thomas comme interlocuteur privilégié et subissent l’influence de la tradition thomiste (Jean de Saint-Thomas pour Maritain et Cajetan pour Nicolas, mais « l’un et l’autre ont aussi lu et fréquenté Bañez » [p. 13]) ; par ailleurs, « le relais de ces maîtres fut, pour l’un et pour l’autre, Réginald Garrigou-Lagrange de qui ils ont reçu l’enseignement de saint Thomas et de qui, plus tard, ils se sont affranchis en des circonstances différentes » (ibid.). D’où la pertinence d’exposer la doctrine du théologien de l’Angélique, afin de permettre au lecteur « de se faire une juste idée de l’enseignement thomiste que Maritain reçoit pour ensuite le critiquer » (p. 8). On en convient aisément, « il faut avoir à l’esprit cet arrière-fond d’École pour percevoir la nouveauté radicale de la proposition maritainienne, ses éléments de rupture et de continuité » (p. 10). Mais aussi, ajouterais-je, pour être en mesure de juger s’il était opportun de s’affranchir de cette tradition et de réinterpréter certains concepts clés tels que l’élection et la permission. Les deux chapitres suivants permettent de « suivre chronologiquement les réflexions de Maritain et Nicolas, lesquelles se croisent et se répondent » (p. 37). Le chapitre sur « La question des libres desseins éternels selon Jacques Maritain » se compose de deux parties : une première expose la position défendue par le paysan de la Garonne dans son Court traité de l’existence et de l’existant (1947) concernant la prédestination à la gloire et la réprobation, problèmes qui relèvent de la théologie mais dont notre philosophe juge possible d’opérer une transposition philosophique en formulant ses interrogations en termes de place de l’homme et de sa liberté devant le plan éternel de l’Incréé ; la deuxième rapporte les difficultés soulevées par deux théologiens dominicains, Marie-Joseph Nicolas (le frère plus âgé de Jean-Hervé) et Marie-Michel Labourdette, à l’endroit des solutions nouvelles avancées par Maritain. Pour faire suite, le chapitre intitulé « La réplique du père Jean-Hervé Nicolas et la théologie du décret permissif » expose la « puissante défense et illustration du décret permissif antécédent » que constituent les trois articles de la Revue thomiste par lesquels, en 1960, sous le titre « La permission …

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