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Recensions

Jean-Marc Narbonne, Protagoras. Premier penseur de la démocratie. Une relecture philosophique et historique. Québec, Les Presses de l’Université Laval ; Paris, Librairie Philosophique J. Vrin (coll. « Zêtêsis - Textes et essais »), 2024, xxii-232 p.[Notice]

  • Jeffery Aubin

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  • Jeffery Aubin
    Cégep Champlain St-Lawrence, Québec

Ce livre de Jean-Marc Narbonne comble une lacune récurrente dans les études qui touchent de près ou de loin la pensée des sophistes. Un travers de l’histoire de la philosophie a été d’adopter, trop souvent, sans examen critique, le biais défavorable de Platon à l’endroit des sophistes. Comme le livre lui-même le montre, il y eut d’autres commentateurs pour tenter d’examiner l’apport de la pensée de Protagoras. Or, malheureusement, les efforts de ces quelques penseurs, qui eurent l’audace de douter un instant de Platon pour réévaluer la profondeur de la pensée du sophiste, ne restent jamais assez longtemps pour renverser la tendance lourde lancée par le disciple de Socrate. Quoi qu’il en soit, l’analyse fine de l’A. saura, à tout le moins nous l’espérons, redonner la place qui revient à Protagoras ne serait-ce que pour un temps. Ce livre est issu d’un séminaire intitulé « Protagoras et la tradition sophistique », donné à l’Université Laval en 2023. Il s’inscrit par ailleurs dans une réflexion plus large sur la démocratie dans la Grèce antique déjà entamée par l’A. ; il a publié en effet d’autres ouvrages à ce sujet dans la collection « Zêtêsis » dont Démocratie dans l’Antigone de Sophocle et Sagesse cumulative et idéal démocratique chez Aristote. Il mentionne que c’est à la suite de cette dernière analyse qu’il a « souhaité remonter par-delà Aristote et Platon aux sources initiales » concernant cette question (p. xv). Or l’étude de Protagoras est difficile en raison de la parcimonie des sources et, plus encore, en raison du portrait plutôt tendancieux laissé par Platon, l’une des sources principales pour la connaissance de l’Abdérien. L’A. entend donc analyser les deux dialogues platoniciens afin de dégager les traits de la pensée du sophiste. Le livre se divise en trois parties. Les première et deuxième parties offrent respectivement une analyse du dialogue Théétète et du Protagoras. La troisième partie traite de la réception de la pensée de Protagoras de l’Antiquité à Nietzsche. Le chapitre 1 analyse l’assertion selon laquelle « l’homme est la mesure de toute chose » telle qu’elle est représentée dans le dialogue Théétète de Platon. Après avoir mentionné les diverses controverses soulevées par ce passage, l’A. analyse quelques passages de ce dialogue en lien avec la pensée de l’homme-mesure. Il souligne qu’il s’agit d’une « simplification outrancière de la thèse de Protagoras, à une lecture tout bonnement réductrice du concept de mesure » (p. 19). En reconstituant la pensée de Protagoras à partir de ce dialogue, l’A. propose que ce dernier soit « plus exactement un subjectiviste cognitif complexe » (p. 14). Il indique que le système épistémologique de Protagoras n’est pas un subjectivisme extrême. Au fil des passages, l’A. montre que l’inquiétude de Socrate — à savoir que pour Protagoras, la réalité extérieure à soi n’existerait pas — est injustifiée. Au contraire, l’A. apporte une nuance nécessaire et montre que Protagoras soutiendrait plutôt qu’il « existe bel et bien une réalité extérieure, même si je ne puis la connaître en raison de son indétermination intrinsèque » (ibid.). Enfin, l’approche de Protagoras diffère de celle de Socrate en ce qu’il ne cherche pas à « parvenir à la science proprement dite, ni à un savoir décrété vrai, mais à un savoir simplement meilleur ou plus bénéfique » (p. 27). Dans son deuxième chapitre, l’A. poursuit l’analyse du portrait relativiste de Protagoras offert par Platon. Il montre que la pensée de Protagoras n’est pas à proprement parler relativiste et qu’il s’agirait plutôt de pragmatisme. Si certains commentateurs de Platon sont en désaccord avec ce constat, l’A. souligne à …

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