Bruno Dumons, directeur de recherche au CNRS (LARHRA-Lyon) et historien spécialiste du catholicisme contemporain, propose, dans son dernier livre, une analyse fouillée des évolutions des pratiques sacramentelles et ministérielles en France depuis 1950. L’ouvrage, composé en grande partie d’articles universitaires révisés, se structure en trois sections explorant les mutations de la pratique sacramentelle, du mariage et du diaconat. Cette composition reflète la volonté de l’auteur de démontrer que la période post-tridentine s’est heurtée à des changements sociaux et ecclésiaux profonds, sans pour autant réussir à y apporter des réponses pleinement satisfaisantes. La première partie, « La pratique sacramentelle en question ? », examine le déclin des pratiques traditionnelles et l’incapacité des initiatives pastorales à enrayer ce phénomène. Dumons y met en lumière la tension entre conservatisme et renouveau inspiré par Vatican II, et insiste autant sur l’immense travail réalisé en France que sur des bilans mitigés des tentatives de rénovation des sacrements. L’auteur montre avec pertinence comment la confirmation, en particulier, est devenue une cérémonie illisible pour de nombreux fidèles, signe d’une rupture entre l’institution et ses pratiquants. Son recours à des études diocésaines enrichit son analyse et confère une assise empirique solide à son propos. Dans la deuxième partie, « Mariage et fécondité », Dumons explore les transformations du mariage catholique et de la régulation des naissances. Il décrit l’apparition des préparations au mariage comme une tentative de donner un contenu spirituel à un rite devenu largement social. Son analyse des différentes initiatives menées par les Équipes Notre-Dame, les Jésuites et certains diocèses illustre la volonté d’adaptation de l’Église. Cependant, Dumons met aussi en avant les blocages institutionnels face aux questions du divorce et de la contraception, rappelant que la confrontation entre traditionalistes et réformateurs s’est souvent soldée par un statu quo pesant. Son idée de la « révolution de l’intime » est particulièrement pertinente pour saisir l’ampleur du décalage entre les prescriptions ecclésiales et les pratiques des couples catholiques. À ce chapitre, les pages dédiées aux initiatives de l’évêque eudiste Armand Le Bourgeois d’Autun sont remaquables. Enfin, la troisième partie, « Le diaconat, un “nouveau ministère” ? », analyse la réintroduction du diaconat permanent, perçu initialement comme une réponse à la crise des vocations sacerdotales. Dumons met en avant les influences allemandes de cette initiative et retrace son cheminement en France. Il souligne avec justesse que, loin d’avoir pallié la raréfaction des prêtres, le diaconat a suscité de nouveaux débats sur la place des ministères laïcs et ordonnés. L’auteur pose ainsi une question centrale : le diaconat a-t-il vraiment permis une sortie du modèle tridentin, ou n’est-il qu’un simple ajustement sans impact significatif sur l’évolution ecclésiale ? L’un des points forts de l’ouvrage réside dans son ancrage historique rigoureux, appuyé sur une documentation étayée par des sources primaires et des enquêtes diocésaines. Dans sa conclusion, Dumons revient à la question suivante : « que se serait-il passé sans que l’on ne s’en aperçoive ? » Il propose comme hypothèse une sorte de rupture anthropologique dans tout ce qui organisait la vie des individus et des collectivités (naissances, mariages, morts et rites) et qui se trouvait consubstantiel avec le christianisme. Là-dessus, particulièrement lorsqu’il évoque l’influence du modèle individualiste états-unien ou qu’il réfère à la grille d’analyse de l’historien britannique Hugh McLeod sur le déclin religieux en Occident, on aurait souhaité une réflexion plus approfondie sur les perspectives évoquées. Cela laisse une impression d’inachèvement et l’on se dit qu’un chapitre supplémentaire n’aurait pas été de trop ! En conclusion, Un catholicisme en rupture constitue une contribution essentielle à l’histoire du catholicisme contemporain. Par sa lisibilité et sa clarté, son analyse …
Bruno Dumons, Un catholicisme en rupture. Sacrements et ministères en France depuis 1950. Paris, Les Éditions du Cerf (coll. « Patrimoines »), 2024, 201 p.[Notice]
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Dominique Laperle
Université du Québec à Montréal
