L’ouvrage collectif dirigé par Guilhen Antier et Dany Nocquet, intitulé Nouveaux regards sur l’Ancien Testament, constitue l’aboutissement d’un enseignement dispensé à l’Institut protestant de théologie, Faculté de Montpellier, durant l’année universitaire 2021-2022. Cet ouvrage vise à mettre en lumière la diversité des approches exégétiques et théologiques appliquées à l’Ancien Testament, en explorant les différentes perspectives méthodologiques et herméneutiques mobilisées dans ce champ d’étude. Konrad Schmid y propose une analyse de la genèse et de l’évolution de l’Ancien Testament, soulignant que son développement repose sur un processus d’appropriation interprétative par le judaïsme postexilique. À travers une approche diachronique, il met en évidence les ajouts successifs, les divergences théologiques et l’actualisation constante des textes, démontrant ainsi l’absence d’une doctrine unique dans la Bible hébraïque. Ce corpus se distingue par sa théologie pluraliste et son interaction avec les civilisations environnantes, notamment la Mésopotamie et l’Égypte, dont il s’inspire tout en s’en démarquant par des réinterprétations originales. Cette dynamique de réélaboration perpétuelle confère à l’Ancien Testament une vitalité qui perdure jusqu’à nos jours. L’étude de Dany Nocquet se concentre sur le chapitre 41 de la Genèse à travers ce qu’il qualifie de « théologie de l’intégration ». Grâce à une analyse narrative, linguistique et intertextuelle, il démontre comment les figures d’Israël et d’Égypte sont placées sur un plan d’égalité, partageant la même sagesse et recevant une même parole divine. Loin d’opposer les deux nations, le récit illustre une cohabitation harmonieuse, où Dieu manifeste une sollicitude équitable envers les deux peuples. L’auteur met également en évidence les emprunts extra-bibliques qui structurent le chapitre, invitant ainsi le lecteur à adopter une perspective plus large et à s’éloigner d’une vision israélo-centrée. Par cette approche, il souligne la portée oecuménique et universelle de la sagesse divine, qui transcende les frontières ethniques et religieuses. Dans une perspective intertestamentaire, Valérie Nicolet examine la réinterprétation des figures bibliques majeures dans les écrits juifs de l’époque hellénistique. Son analyse se concentre en particulier sur la figure d’Abraham, en mettant en lumière les différences de traitement entre le Nouveau Testament et les textes juifs du iie siècle avant Jésus-Christ. Elle souligne notamment que le rejet des idoles par Abraham, élément central dans la tradition juive avant notre ère, est omis dans le Nouveau Testament. En outre, elle compare le rôle intercesseur d’Abraham dans le Testament d’Abraham avec son apparente réticence à intercéder pour les morts dans l’Évangile de Luc 16. L’auteure met également en exergue l’idéalisation croissante des figures bibliques, à l’exception notable d’Ève, qui demeure l’une des rares figures systématiquement représentées sous un jour négatif dans la littérature de cette époque. Anna Van den Kerchove étudie l’approche exégétique d’Origène vis-à-vis de l’Ancien Testament, en insistant sur son positionnement face au statut contesté des Écrits hébraïques. Elle analyse la manière dont Origène reconnaît l’autorité des textes juifs tout en privilégiant la Septante comme source scripturaire principale. Son exégèse repose sur une grille herméneutique christocentrique qui se distingue des traditions juives et mobilise plusieurs niveaux d’interprétation — littéral, moral et spirituel. L’auteure met également en évidence l’usage par Origène de savoirs profanes tels que la philosophie, l’histoire et l’architecture pour enrichir sa lecture des textes bibliques. Enfin, elle explore les réponses d’Origène aux critiques formulées à l’encontre des Écrits hébraïques, notamment en ce qui concerne leurs incohérences apparentes et leur représentation de Dieu. Dans une perspective missiologique, Gilles Vidal analyse l’impact des lectures de l’Ancien Testament sur les théologies développées en Asie-Pacifique, depuis l’ère missionnaire jusqu’à aujourd’hui. Il s’intéresse particulièrement aux choix lexicologiques opérés dans la traduction du nom de Dieu, qui fut souvent présenté comme supérieur aux divinités locales. L’étude met …
Guilhen Antier, Dany Nocquet, dir., Nouveaux regards sur l’Ancien Testament. Approches interdisciplinaires de la Bible hébraïque. Lyon, Éditions Olivétan (coll. « théologieS »), 2023, 209 p.[Notice]
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Benoît Désiré Toum
Université Laval, Québec
