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Éditorial

(Dé)faire les imaginaires des chercheur.euses en Afrique dans la recherche en entrepreneuriat et PME[Notice]

  • Birahim Gueye,
  • Bilyaminou Dan Rani Guero,
  • Angélique Ngaha Bah,
  • Florent Song-Naba et
  • Olivier Germain

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  • Birahim Gueye
    Université Gaston-Berger, Sénégal

  • Bilyaminou Dan Rani Guero
    Université Abdou-Moumouni, Niger

  • Angélique Ngaha Bah
    Université Alioune-Diop, Sénégal

  • Florent Song-Naba
    Université Thomas-Sankara, Burkina Faso

  • Olivier Germain
    Université du Québec à Montréal, Canada

L’aboutissement de cet appel, s’il convainc par la qualité des articles publiés et l’importance des thématiques évoquées, peut laisser sceptiques lecteurs et rédacteurs invités quant à l’absence de chercheurs évoluant dans des contextes universitaires d’Afrique. La première interprétation revient fréquemment à considérer presque exclusivement la piste du manque de compétences des chercheurs d’Afrique, qui les empêcherait de publier dans des revues de haut rang, ce que la présence conséquente ici de chercheurs des diasporas laisserait entendre, ces derniers étant acculturés aux us et pratiques de la publication dominante. Cette interprétation laisse, cela dit, de côté, toute évocation de problèmes institutionnels ou structurels et empêche à la fois un effort collectif de réflexivité et toute possibilité de reproblématisation des pratiques de publication. Il y aurait aussi à réfléchir des pistes qui permettent d’éviter le piège consistant à maintenir les chercheurs des Suds dans des politiques de reconnaissance plutôt qu’à laisser émerger des stratégies d’affirmation en dehors de toute tutelle, politiques qui ne sont souvent que le relai en recherche d’une idéologie coloniale de l’« aide au développement ». Si l’on admet l’importance de la subjectivité et de la contextualisation des recherches produites en Afrique, la revue des connaissances théoriques est de son côté fréquemment soumise par les relecteurs à une injonction universaliste qui consiste à devoir impérativement se situer dans une littérature considérée plus légitime, mais souvent inadaptée. À l’inverse, notons de manière majeure la silenciation des savoirs théoriques produits localement, parfois victimes de la faible crédibilité de leur support, d’autres fois d’une sorte d’autocensure des auteurs, mais aussi de l’incapacité du relecteur à les connaître et donc à les évaluer. Y échappent les thèses produites en Europe ou Amérique du Nord sur des contextes africains par des doctorants expatriés. Cela conduit à déraciner les recherches d’une perspective anthropologique, plus et autre qu’humaine, mais aussi à nous priver d’une littérature issue des sciences humaines et sociales notamment, créatrice d’altérité. Cela mène aussi à négliger que nos cadres de pensée de l’entrepreneuriat et des PME sont hérités d’un système capitaliste, dans lequel ils sont enracinés, et d’une idéologie du progrès, qui se sont propagés par la colonisation et ses réinventions. Une colonialité du pouvoir perdure via les dispositifs du capitalisme académique en entretenant des rapports de domination dans nos champs. Ainsi la religion en PME au Cameroun se voit-elle aujourd’hui étudiée au prisme des questions sur la laïcité et le « fait religieux » en France. Aussi, la notion d’écosystème entrepreneurial circule-t-elle comme une sorte de catégorie universelle d’organisation collective des pratiques entrepreneuriales ou tout du moins comme si les pratiques du Nord faisaient norme. Ce que nous nommons en recherche fréquemment la « conversation » revient en réalité à contraindre les « autres » à se situer dans les mains des institutions (dominantes), dont les revues, qui détiennent le privilège de trancher sur ce qui constitue la connaissance légitime. Une piste consisterait pour les chercheurs d’Afrique à accroître l’effort de problématisation des recherches et non à se prêter au jeu du trou théorique produit par d’autres et ailleurs. Problématiser, c’est questionner les allant de soi et hypothèses fondatrices d’un domaine, d’un objet, pour en montrer la non-pertinence au regard d’un contexte sensible, situé, sociohistoriquement. C’est rendre possible une autre connaissance fondée sur d’autres repères, d’autres phénomènes, avec d’autres langages. C’est éventuellement laisser ouvertes les possibilités d’une rationalité alternative à la logique extractiviste. C’est peut-être donner plus de place à l’abduction pour disqualifier une connaissance prétendue universelle. C’est aussi créer d’autres conversations, entre les Suds. C’est finalement empêcher les épistémicides en favorisant la citation des écrits produits en Afrique. Ne pas les …

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