Résumés
Résumé
Cet article rend compte du concept de paysage que Charles Péguy (1873–1914) revendique pour parler de ses propres textes, transformant ainsi en catégorie littéraire une catégorie venue des arts visuels. J’y fais l’hypothèse que la référence au paysage découle chez lui de la critique de la modernité, caractérisée non seulement comme intellectualiste mais comme bourgeoise, et qu’elle se comprend à l’intérieur d’une réflexion plus large sur la possibilité du commun en littérature. Ce qui se joue ici, c’est la compréhension des lieux communs comme biens communs, et la possibilité de refaire de l’économie une dépendance de la poésie. L’écriture du paysage permet à Péguy d’espérer ramener le capitalisme vers le fonctionnement de l’économie paradisiaque, guidée par un principe de respect de la nature comme ressource partagée. Elle conduit à transformer le texte littéraire en l’équivalent formel d’une image, tout en confirmant la possibilité de miser sur la littérature pour changer le monde.
Abstract
This paper analyzes the concept of landscape that Charles Péguy (1873–1914) uses to describe his own texts, thus transforming a category from the visual arts into a literary one. My hypothesis is that the reference to the landscape arises from Péguy’s criticism of modernity, characterized not only as intellectualist but as bourgeois, and that it has to be understood within a broader reflection on the possibility of community in literature. What is at stake here is an understanding of commonplaces as literary “commons,” and an understanding of economy as a potential subproduct of poetry. In turning his own texts into formal equivalents of a landscape, Péguy can hope to convert capitalism back into a paradisiacal economy, guided by a principle of respect for nature as a shared resource. He also confirms the possibility to rely on literature to change the world.
