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Comptes rendus

Thibeault, Jimmy, Marie-Lise Auvray, Emir Delic et Michel Mallet (dir.). Traces des cultures germaniques dans l’imaginaire canadien-français et québécois. Québec, Presses de l’Université Laval, 2024, 312 p.[Notice]

  • Sébastien Côté

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  • Sébastien Côté Université Carleton

Évoquer la présence de traces germaniques dans l’espace canadien n’a rien de farfelu. Au contraire, le Registre journalier des malades de l’Hôtel-Dieu de Québec (Marcel Fournier et Gisèle Monarque) signale de nombreux Allemands en Nouvelle-France. Y figure même, en date du 24 septembre 1723, un certain Jean Richard (Johann Peter Reichart), « Allemand », qui publiera en 1755 le récit de son tempétueux séjour dans la vallée du Saint-Laurent (Zwanzigjährige Wanderschafft und Reisen in West- und Ost-Indien…). Par ailleurs, dans Les mercenaires allemands au Québec, 1776-1783, Jean-Pierre Wilhelmy nous rappelle que des patronymes comme Maheux, Meilleur, Shedleur, Jomphe, Payeur, Crégheur ou Wagner proviennent des troupes recrutées par George III pour mater les révolutionnaires américains. Quant au Nouveau-Brunswick (créé en 1784), il tire son nom du duché de Brunswick-Lunebourg, l’un des nombreux fiefs allemands du même roi de Grande-Bretagne. C’est d’ailleurs à Hanovre et Brunswick que moururent Lahontan et Claude Lebeau, deux figures littéraires de la Nouvelle-France. Qu’en est-il des traces des cultures germaniques dans l’imaginaire canadien-français et québécois ? À cet égard, l’ouvrage permet d’aller au-delà des épigraphes qu’Aubert de Gaspé père consacre à Goethe et Heine dans ses Anciens Canadiens, ainsi que des emprunts de Calixa Lavallée à Die Zauberflöte. Pour les codirecteurs, « l’étude des interférences culturelles avec d’autres cultures que française et états-unienne permet d’explorer des zones grises de l’identité canadienne-française et québécoise », une identité « qui se définit, encore aujourd’hui, par une francité originelle exportée de l’Ancien au Nouveau Monde » (p. 2). Aussi l’ouvrage montre-t-il que l’intérêt du Canada français pour l’Allemagne et ses voisins ne date pas d’hier : « Cette curiosité remonte au moins au xixe siècle … mais s’affirme particulièrement autour des deux grandes guerres du xxe siècle qui attisent l’attention des intellectuels à l’égard d’une Allemagne paradoxale : d’une part, lieu d’une grande tradition intellectuelle issue de la pensée des Lumières, du classicisme de Weimar et du romantisme ; d’autre part, lieu de la mise en oeuvre d’un programme politique d’une violence sans précédent, fondé sur l’idéologie nazie … » (p. 2). Les douze contributions sont organisées en cinq parties : « Influences de la pensée allemande » (2 articles), « Confronter l’Allemagne nazie » (4), « Vivre la chute du mur de Berlin » (2), « Traces culturelles du monde germanophone » (3) et « Traces du Canada francophone en Allemagne » (autobiographie intellectuelle d’Ingo Kolboom). Trois grandes catégories se profilent : 1) cinq articles dont l’Allemagne ou l’Autriche constitue le sujet principal et qui font la part belle à l’histoire (des idées) ou, du moins, privilégient un regard distant ; 2) trois où la présence de l’Allemagne est importante, mais sur un plan thématique ; 3) enfin, trois où l’Allemagne joue un rôle plus discret de référent abstrait. Seulement deux articles abordent le 19e siècle, mais ils convainquent de son riche potentiel. Dans « Confluences et transferts culturels entre le Canada français et l’Allemagne au xixe siècle », Hélène Destrempes brosse le portrait général de la présence allemande dans la production littéraire de cette période. Rappelant les carences des bibliothèques de collège et le parcours intellectuel d’Edmond de Nevers, elle aborde les rapports qu’entretiennent Joseph Lenoir, Basile Routhier, Octave Crémazie, Ernest Gagnon et Pierre-Olivier Chauveau tantôt avec le romantisme allemand, tantôt avec des Allemands en chair et en os rencontrés sur place ou à Paris. Ces voyageurs québécois illustrent que l’appel du lointain, au 19e siècle, ne concernait pas que Londres ou Paris. Quant à Hans-Jürgen Lüsebrink, éminent spécialiste des transferts culturels, il reconstitue dans « Rejet et …

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