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Comptes rendus

Kennedy, Gregory M.W. Lost in the Crowd. Acadian Soldiers of Canada’s First World War. Montréal et Kingston, McGill-Queen’s University Press, 2024, 312 p.[Notice]

  • Carl Bouchard

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  • Carl Bouchard Université de Montréal

Comme le rappelle Kennedy, on ne compte que treize régiments francophones sur les 275 autorisés par les autorités militaires canadiennes (p. 34), et un seul a connu le feu, le fameux 22e. Le 165e a été affecté à la foresterie, tâche essentielle, mais moins glorieuse que celle du champ de bataille. Ce rôle de soutien est en partie la raison pour laquelle il a fallu plus de cent ans pour qu’on s’intéresse à lui, au-delà des mentions éparses dans les histoires régionales. Kennedy, grâce à une connaissance exemplaire de l’historiographie classique et récente de la Première Guerre mondiale au Canada, qui plus est en anglais et en français, livre un ouvrage aisément lisible, méthodologiquement solide et fondé sur une variété de sources, des archives militaires aux journaux, en passant par les données de recensement (1911 et 1921), les lettres personnelles, les rapports quotidiens du bataillon, etc. L’analyse est parfois qualitative, souvent quantitative, offrant une méthode pouvant être répliquée pour d’autres histoires régimentaires. L’historiographie a depuis longtemps relevé la façon contrastée dont les deux grandes communautés canadiennes anglaise et française ont vécu la guerre. Les récriminations des milieux anglophones impérialistes envers ce qu’on considérait être la faible participation des Canadiens français à la guerre ont commencé dès l’automne 1914 et ont longtemps perduré. Bien que l’historiographie récente a corrigé le tir, il est vrai que l’opposition véhémente à la conscription s’est surtout manifestée au Québec, nourrissant une mémoire différenciée : alors que la guerre est perçue au Canada anglais comme une étape fondatrice (« the birth of a nation », p. 10), elle apparaît au Québec comme une négation de la spécificité canadienne-française. Kennedy se positionne triplement sur cette question. Premièrement, en modérant les conclusions de Jean Martin, se servant du cas acadien pour extrapoler sur le nombre de Canadiens français qui ont pu grossir les rangs — au moins 40 000, mais pas 70 000 comme l’estime Martin (p. 105-108). Deuxièmement, il refuse toute logique de concurrence héroïque entre groupes, au profit de questions plus contemporaines : diversité sociale et professionnelle, soutien aux familles, contrôle de l’information, rapports entre militaires et civils (p. 108). Enfin, il met en lumière l’« inconfort acadien », celui d’un peuple francophone hors Québec, pris entre deux récits opposés, encourageant d’un côté l’engagement volontaire, tout en partageant le rejet québécois de la conscription (p. 5). L’histoire sociale et culturelle, depuis une trentaine d’années, a considérablement modifié les études sur la guerre. On s’est éloigné des études faisant de l’expérience combattante la seule porte d’accès à la réalité militaire, tout comme du « win-lose narrative ». C’est sous l’angle de l’histoire sociale que Kennedy s’intéresse à la délicate question de la motivation des hommes à s’enrôler (le 165e est composé de volontaires, dont environ un quart a moins de dix-huit ans à l’enrôlement, un chiffre très au-dessus de la moyenne nationale), sur l’expérience militaire globale et pas seulement celle du feu, sur les rapports de pouvoir qui se manifestent par l’obéissance, la désertion et l’insubordination. De belles pages sont consacrées à ces derniers enjeux, qui s’observent aussi tôt que dans la période d’entraînement (p. 86-105), puis en Europe (p. 165-180). À cet égard, les chapitres 3 et 5 apparaissent comme les plus réussis, la méthode quantitative servant très bien l’analyse. Les informations physiques, sociales et démographiques tirées des sources sont mises à profit pour brosser un portrait horizontal du régiment. Kennedy a réussi l’exploit de lier les données de près de 50 pour cent (et des informations partielles pour presque le trois quarts) des 1 200 hommes de son échantillon à partir …

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