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Comptes rendus

Fortin, Marianne, Maxime Fleury, François-Olivier Dorais et Sara-Jeanne Lemieux (dir.). Au temps du bois debout. Mémoires La colonisation au Saguenay-Lac-Saint-Jean (1838-1910). Saguenay QC, Saguenayensia, 2024, 372 p.[Notice]

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  • Steven High Université Concordia

Les archives québécoises regorgent de milliers d’entrevues enregistrées et transcrites que presque personne n’a écoutées ou lues depuis leur création. Certains de ces témoignages personnels remontent loin dans le 19e siècle, puisqu’ils ont été recueillis dès les années 1930 et 1940. Dans ces cas, la frontière entre sources orales et écrites est difficile à tracer, car les témoignages personnels ont été transcrits par l’intervieweur immédiatement après, sans enregistrement audio. Ce fut le cas des 225 témoignages de première main de « la première génération » de colons blancs du Saguenay, recueillis par Victor Tremblay, abbé et professeur au Séminaire de Chicoutimi, puis publiés dans le bulletin de la Société historique du Saguenay. Au temps du bois debout est né d’un désir de longue date de s’intéresser à ces souvenirs recueillis. Dès le départ, le projet de livre visait à donner à quelques étudiants à la maîtrise de l’Université du Québec à Chicoutimi l’occasion de contribuer directement à l’histoire de la région. Marianne Fortin et Maxime Fleury ont été supervisés par François-Olivier Dorais, historien québécois réputé, et Sara-Jeanne Lemieux, directrice de la société historique locale. Ensemble, ils ont produit ce volume. L’un des grands atouts de l’ouvrage qui en résulte est de rendre visible la genèse de ces archives biographiques, nous aidant ainsi à comprendre les motivations et la méthodologie de Tremblay. Il a déjà écrit qu’il était attiré par « des choses qui se passent près de moi », valorisant l’histoire de la communauté. À travers l’analyse du profil collectif des 225 témoignages, l’ouvrage nous montre qu’ils n’étaient en aucun cas représentatifs de la population dans son ensemble : les femmes étaient sous-représentées, tout comme les personnes de la classe ouvrière. Se pose également la question des histoires autochtones, sur laquelle je reviendrai dans un instant. Le contexte est important lorsqu’on examine une source, y compris les témoignages à la première personne. Un autre aspect que j’admire dans Au temps du bois debout est la transparence des auteurs quant à leurs choix méthodologiques. Nous découvrons ainsi comment ils ont identifié les thèmes clés des récits, les regroupant en six chapitres principaux portant sur les récits d’arrivée, la culture matérielle (principalement la colonisation), le transport, les relations avec les Innus, le feu et la vie politique. Trop souvent, les études sur la colonisation blanche — les « pionniers » d’autrefois — ne mentionnent les peuples autochtones qu’en guise de prélude avant de passer rapidement à leur sujet d’étude. Pas ici. Un chapitre entier est consacré à la place des peuples autochtones dans ces récits de colonisation, fournissant ainsi un contexte essentiel. Ainsi, l’ouvrage montre comment les peuples autochtones ont été relégués à la périphérie. Il situe ainsi efficacement ces récits dans l’histoire plus large du colonialisme de peuplement. La plupart des récits à la première personne sont orientés vers l’extérieur plutôt que vers l’intérieur. Ils offrent ainsi un témoignage direct sur la formation de la communauté plutôt que de refléter des histoires de vie plus personnelles. Il existe de nombreuses façons d’écrire l’histoire orale. Elles vont de l’inclusion de quelques citations percutantes à un engagement plus soutenu avec des récits à la première personne. Les ouvrages consacrés aux voix des narrateurs historiques — organisés par récits de vie ou par thèmes — sont souvent moins critiques. Ce n’est pas le cas ici. Outre l’apport d’un contexte et d’une analyse historiques essentiels, les auteurs développent une forme de narration verticale, grâce à l’utilisation d’annotations académiques, qui produit un effet remarquable. Ces récits à la première personne sont enrichis par l’insertion de photos historiques, de cartes et de plans architecturaux. Pour moi, …

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