Dans l’ouvrage qu’elle a récemment fait paraître chez Septentrion, l’historienne Anne Trépanier se penche sur une question des plus intéressantes : « Sans en connaître d’avance la fortune, comment appréhendait-on la Confédération du Canada ? » (p. 7). Pour y répondre, elle s’est plongée dans une variété de journaux, dont plusieurs feuillets satiriques, provenant des trois colonies qui formeront le Dominion of Canada en 1867 : le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse et les deux sections du Canada-Uni (en plus de quelques exemples provenant de l’Île-du-Prince-Édouard, qui ne rejoindra la Confédération qu’en 1873). En examinant caricatures, éditoriaux et textes satiriques, elle dégage au fil des chapitres de son livre une riche variété de représentations de ce « Canada à naître ». Il est clair qu’une des forces de l’ouvrage est ce corpus au potentiel important. Rares sont les études sur cette période clé de l’histoire de l’Amérique du Nord britannique qui combinent ainsi journaux francophones et anglophones, politiques et satiriques, provenant des différentes colonies qui composeront le Canada. Et si cette matière est riche, son analyse ne va pas de soi. Comme le souligne bien l’auteure, nous avons affaire à des journaux et à des journalistes qui partagent une certaine culture classique (p. 9), culture à laquelle s’ajoutent des références enracinées dans une actualité politique éloignée de nous et qui peuvent parfois être difficiles à décrypter. Cela dit, l’auteure nous explique d’emblée que l’ouvrage « n’est pas une thèse ni un livre érudit », mais plutôt « une exploration curieuse et attentive d’images qui donnent corps et figures à des lieux communs » des débats politiques de l’époque (p. 9). Et, effectivement, De l’hydre au castor s’ouvre sur une très courte introduction qui ne comporte pas de réflexion historiographique, méthodologique ou conceptuelle, si ce n’est un bref passage où l’auteure nous avertit qu’elle a fait preuve d’une certaine prudence face aux « journaux bourgeois » dans ce qui se veut une enquête à propos de « l’état d’esprit des habitants des provinces de l’Amérique du Nord britannique » (p. 9-10). Le premier chapitre de l’ouvrage présente succinctement les différents journaux utilisés par l’auteure, mais sans qu’on sache vraiment comment ils ont été dépouillés et analysés. On y survole également l’histoire de la presse de l’époque, avec un regard plus approfondi sur les programmes et ambitions des principaux journaux satiriques retenus, ainsi que sur les principaux personnages — dont plusieurs figures allégoriques récurrentes — mis en scène dans leurs textes et caricatures. Le chapitre suivant vient compléter cette mise en contexte en proposant quelques repères et quelques sources pour mieux comprendre la vie politique canadienne entre l’Union et la Confédération. Ce chapitre inclut également une section qui tente de saisir le point de vue des Autochtones sur la Confédération — évidemment à peu près absent des journaux analysés — à partir de sources qui n’ont rien à voir avec la presse et sont postérieures à la création du pays. L’objectif est louable, mais il faut avouer que l’arrimage de cette section au reste de l’ouvrage ne va pas de soi. Les chapitres 3, 4 et 5 se veulent plus thématiques, le premier traitant des gains et des pertes, le second de la traîtrise et de la dissimulation, et le troisième de la peur de l’inconnu. Ils reflètent, chacun à leur manière, la richesse et les limites de l’ouvrage, mais aussi, jusqu’à un certain point, celles des sources étudiées. Je l’ai mentionné plus haut, l’auteure n’avait pas l’ambition d’écrire un livre érudit. Les chapitres ne sont donc pas vraiment encadrés par une introduction qui en explique l’objectif et une conclusion qui en résume le …
Trépanier, Anne. De l’hydre au castor. Imaginaire et représentations de la Confédération dans la presse de l’Amérique du Nord britannique, 1844-1867. Québec, Septentrion, 2024, 276 p.[Notice]
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Harold Bérubé
Université de Sherbrooke
