À l’occasion du 80e anniversaire du débarquement de Normandie, l’historien Frédéric Smith propose un compte rendu détaillé du 6 juin 1944 et des combats qui ont suivi jusqu’au 25 août, jour de la bataille de Normandie. Le titre de l’ouvrage annonce clairement l’intention de l’auteur, et la couverture vient appuyer cette démarche par une photographie marquante : un soldat canadien tenant un drapeau tricolore (seul élément en couleur), entouré de ses camarades assis au bord d’une tranchée conquise. Dès lors, il est évident que le récit adopte une perspective québécoise et francophone, choix qui demeure pertinent au coeur de l’historiographie militaire canadienne. Dans cet ouvrage à la fois rigoureux et accessible au grand public, Frédéric Smith s’appuie sur une riche collection de témoignages tirés d’articles de presse, de lettres, de mémoires et d’archives officielles, tels que les journaux régimentaires, pour construire son récit des combats contre les unités allemandes présentes en Normandie. Son attention se focalise sur les unités francophones de l’Armée canadienne en France à l’été 1944, à savoir le régiment de Maisonneuve, les Fusiliers Mont-Royal et le régiment de la Chaudière. L’ouvrage est structuré en quatorze chapitres, chacun correspondant aux principales phases des opérations militaires menées depuis le débarquement du 6 juin jusqu’aux affrontements d’août 1944, lesquels visaient à anéantir la présence allemande en Normandie et à amorcer la libération de l’Europe du Nord-Ouest. L’intérêt de ce livre tient avant tout au choix méthodologique de l’auteur. Plutôt que de présenter une étude strictement militaire, il privilégie une approche sociale de l’histoire de la guerre, s’inscrivant ainsi dans une tendance actuelle de l’historiographie militaire visant à aborder l’expérience des combattants par le biais de leurs témoignages afin d’offrir une perspective de la guerre à hauteur d’homme. La diversité et la richesse des récits rapportés permettent de suivre au plus près l’expérience de soldats québécois francophones, souvent oubliés des études militaires canadiennes. En ce sens, ce travail prolonge la démarche amorcée en 1994 lors du colloque militaire organisé au Québec à l’occasion du 50e anniversaire du débarquement de Normandie. Frédéric Smith rappelle que la contribution des francophones à la libération de l’Europe demeure un sujet encore largement à explorer. Par ailleurs, l’ouvrage est enrichi de cartes qui permettent au lecteur de suivre le déroulement des opérations évoquées, ainsi que de nombreuses photographies donnant un visage à ces combattants et illustrant leur environnement au plus près de leurs témoignages. Le seul bémol concerne le dernier chapitre intitulé « Paris libéré », et la partie qui semble faire office de conclusion, « Sur le front de la mémoire ». En effet, ceux-ci s’éloignent du fil conducteur du récit. Pour le chapitre « Paris libéré », après avoir centré son analyse sur l’expérience des soldats québécois en Normandie, l’auteur tente d’établir un lien avec la libération de Paris. Si ce rapprochement a du sens du point de vue américain et français, il paraît plus artificiel du point de vue canadien, puisque les forces canadiennes poursuivaient alors leurs opérations vers les ports de la Manche. Bien qu’on puisse comprendre le choix de l’auteur en considérant la contribution canadienne en Normandie comme un facteur indirect de la libération de la Ville lumière, le lien semble néanmoins forcé et rompt la cohérence narrative du livre. Cette impression est renforcée par la brièveté de ce chapitre par rapport aux autres. Quant à la partie « Sur le front de la mémoire », elle aurait peut-être trouvé une meilleure place en introduction ou en prologue. De plus, certaines affirmations mériteraient d’être nuancées, notamment en ce qui concerne la mémoire du deuxième conflit mondial au Québec et …
Smith, Frédéric. Des Québécois en Normandie. Du jour J à la libération de Paris. Montréal, Boréal, 2024, 328 p.[Notice]
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Mourad Djebabla
Collège militaire royal de Saint-Jean
