Le volume, de format moyen, se présente comme un album illustré ou un catalogue des principaux lieux où se trouvent les camps de pêche et leurs nombreuses dépendances. Photographe renommé, l’auteur nous offre d’excellentes prises de vue sur l’architecture des bâtiments d’hébergement, leur décor intérieur, le mobilier et parfois même quelques vues aériennes. Des photos d’archives complètent le portrait visuel de l’ensemble. Après une brève introduction rappelant l’origine britannique de la pêche à la mouche, son déploiement au début du 19e siècle depuis les environs de Québec ainsi que son essor en Gaspésie et dans les Laurentides, Lahoud aborde chaque présentation des lieux par un historique de la fondation du club de pêche, de la composition de son membrariat et des faits marquants de son existence, agrémentés de quelques anecdotes. Les premiers éléments présentés ne sont toutefois pas de simples camps, mais plutôt des habitations rurales ; la Maison Déry à Pont-Rouge, deux villas saisonnières, la villa Estevan à Grand-Métis et le Château Menier sur l’île d’Anticosti, vient ensuite l’imposant hôtel Château Montebello, construit en billes de cèdre rouge. Les trois premiers accueillaient des pêcheurs à la mouche au saumon qui appartenaient à la plus ancienne catégorie de pêcheurs sportifs signalés au Québec. Outre le lieutenant Frederic Tolfrey, qui nous a laissé le récit de ses captures dans les fosses de la rivière Jacques-Cartier dans les années 1816-1818, différents témoignages nous apprennent qu’à la même époque des militaires de la garnison de Québec fréquentaient, eux aussi, dans leurs loisirs, les rivières Malbaie, des Escoumins et Sainte-Marguerite. Deux camps de pêche situés sur les rives de cette dernière figurent d’ailleurs parmi les plus anciennes locations de territoire, obtenues des mains de la Compagnie de la Baie d’Hudson. Cette compagnie, connue principalement pour son commerce des fourrures, a exploité intensivement le saumon dans toutes les rivières de la Côte-Nord, tandis que d’autres concessionnaires pratiquaient les mêmes captures intensives dans les rivières de la Gaspésie et surtout dans la baie des Chaleurs. Face à une sérieuse menace d’extermination du saumon et pour donner suite aux rapports alarmants du premier surintendant des pêches, Richard Nettle, entré en fonction en 1857, le gouvernement du Canada-Uni et ses successeurs ont commencé à réduire les permis de pêche commerciale et à accorder plutôt des droits riverains exclusifs sous forme de bail à des pêcheurs sportifs du saumon, davantage soucieux de la préservation de cette précieuse ressource. L’arrivée de deux chemins de fer, l’Intercolonial dans la Matapédia en 1870 et la voie Montréal-Québec en 1879, a rapidement entraîné la fréquentation des rivières à saumons et celle des lacs sauvages par de nouvelles cohortes de pêcheurs à la mouche appartenant aux nouvelles élites financières et industrielles de l’ensemble du nord-est du continent. Sans grande surprise, ce sont les camps de pêche au saumon qui occupent la majeure partie des lieux présentés, soit vingt-quatre éléments contre dix situés en territoire de pêche à la truite et autres poissons. Les installations des clubs les plus connus, soit le Restigouche Salmon Club et le Matamajaw, présentent un tableau complet des services qui étaient offerts aux membres des clubs et à leurs visiteurs, souvent très prestigieux. Autour d’un pavillon principal qui offrait l’hébergement complet, incluant salle à manger et salle de séjour, on trouvait d’autres habitations, occupées soit par le gardien, soit par des guides souvent d’origine autochtone, et aussi par des employés saisonniers. S’y ajoutaient enfin des remises de divers types, tels qu’un hangar à canots, un hangar à bagages et aussi une glacière ou une neigère, qui permettaient de rapporter en bon état un trophée, voire de l’expédier par …
Lahoud, Pierre. Les camps de pêche au Québec. Québec, GID, 2024. 228 p.[Notice]
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Paul-Louis Martin
Chercheur indépendant
