Denis Goulet, historien spécialisé dans l’histoire de la médecine et des institutions médicales au Québec, a déjà publié des ouvrages portant sur l’histoire du Collège des médecins, de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal et de diverses associations médicales. Épaulé par le médecin Christian-Allen Drouin, il propose cette fois ce qui se présente comme une synthèse de l’histoire de la recherche en sciences biomédicales au Québec. D’emblée, les auteurs établissent les limites de leur ouvrage : ils excluent les recherches menées dans le secteur privé, se penchent exclusivement sur les chercheurs ayant fait carrière au Québec et favorisent les secteurs et les chercheurs qui se sont le plus illustrés. Institutionnelle par le choix des sources (procès-verbaux, rapports annuels, littérature grise et ouvrages connexes), cette histoire peut être qualifiée d’histoire politique de la recherche, au sens où le récit de l’évolution de la recherche biomédicale au Québec est mû par l’interaction entre chercheurs prestigieux (conjugué au masculin), sommes d’argent importantes et décisions politiques. Une histoire politique à l’ancienne, toutefois, du fait qu’elle est peu problématisée, sinon, en filigrane, pour proposer des causes au retard de la recherche du côté francophone, puis du rattrapage faisant aujourd’hui du Québec un pionnier dans certains domaines. Divisé en deux grandes périodes (1900-1960 et 1960-2023), le récit n’est pas linéaire pour autant. Dans le premier chapitre, le récit évolue de façon chronologique et porte sur les « prémisses de la recherche biomédicale». On y explique le retard auquel font face les chercheurs francophones, surtout devant la puissante Université McGill. Selon un modèle qui se répétera tout au long de l’ouvrage, la vitalité d’un groupe, d’une institution ou d’un centre de recherche s’explique surtout par le capital qu’il attire, qu’il soit financier ou humain. À cette période de balbutiements succède, au deuxième chapitre, « L’ère des instituts » (1930-1960). Après avoir brossé le portrait des contextes politique, économique et social issus de la crise économique, de la Deuxième Guerre mondiale et de ses suites, les auteurs démontrent l’importance des instituts de recherche dans l’écosystème scientifique de cette période. C’est ici que le récit cède sa place à une série de courtes rubriques portant sur différents instituts de recherche, au nombre de treize, dont l’Institut du cancer de Montréal. À quelques détails près, ces vignettes reprennent essentiellement la même formule : début timide, arrivée de chercheurs prestigieux ayant souvent étudié à l’étranger et qui, par leur prestige, attirent fonds et partenaires, puis regroupement avec d’autres instituts ou hôpitaux pour former de plus grands centres de recherche. La deuxième section, « L’essor de la recherche biomédicale », porte sur la période de 1960 à 2023 et comporte quatre chapitres. Le chapitre 3, très court, relate une phase d’accélération de la recherche biomédicale du côté francophone, impulsée en grande partie par l’implication croissante de l’État québécois. Le chapitre 4 détaille « L’essor de la recherche dans les facultés de médecine ». Après une brève mise en contexte, les auteurs déclinent les manifestations de cet essor dans chaque faculté québécoise, abordées par ordre d’importance, en commençant par McGill. Le chapitre 5 offre une espèce de répertoire de chercheurs importants, divisés selon les domaines de recherche en reprenant chaque fois la chronologie à zéro et en insistant sur la filiation entre les chercheurs qui s’y succèdent. Le dernier chapitre, qui reprend lui aussi la chronologie en 1960, raconte l’évolution de ce qui est aujourd’hui le Fonds de recherche du Québec — Santé et des nombreux programmes qui en émanent. Des graphiques témoignant de la croissance des budgets de cet organisme permettent de mesurer l’ampleur des sommes investies et de leur …
Goulet, Denis, avec la collaboration de Christian-Allen Drouin. Histoire de la recherche biomédicale au Québec. Du chercheur isolé aux grandes équipes de recherche, 1900-2023. Québec, Septentrion, 2024, 246 p.[Notice]
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Antoine Rossignol
Université du Québec à Trois-Rivières
