Certaines fonctionnalités et contenus sont actuellement inaccessibles en raison d'une maintenance chez notre prestataire de service. Suivez l'évolution

Comptes rendus

Fisher, Dennis Leo. Resistance and Recognition at Kitigan Zibi. Algonquin Culture and Politics in the Twentieth Century. Vancouver, UBC Press, 2023, 200 p.[Notice]

  • Marie-Pierre Bousquet

…plus d’informations

  • Marie-Pierre Bousquet
    Université de Montréal

Au début des années 2000, j’ai écrit dans ma thèse doctorale que « comprendre le fonctionnement de la politique algonquine [était] à première vue un défi ». En effet, suivre la logique des alliances et des conflits au fil des décennies est complexe, même lorsqu’on possède une très bonne connaissance des contextes historiques et des aléas des relations avec les paliers gouvernementaux et les missionnaires. Depuis l’écriture de cette constatation, je n’avais guère changé d’avis. Ce livre d’ethnohistoire m’a montré que la tâche n’est pas infaisable : Dennis Fisher s’y est attelé pour sa propre thèse, et le résultat, dont est tiré cet ouvrage, s’avère éclairant. Évoquons d’abord la structure du livre et sa méthodologie, qui expliqueront pourquoi, alors que la thèse a été produite dans un département d’histoire, je la qualifie d’ethnohistoire, sous-entendant qu’elle a cherché à rendre la perspective des principaux intéressés. L’auteur commence par nous présenter sa positionnalité : ses origines, son parcours familial et le sens qu’ont pris, pour lui, ses recherches et ses rencontres avec des membres de la réserve de Kitigan Zibi, en Outaouais. Une telle déclaration d’identité est généralement présente quand l’auteur pense que sa position sociale et culturelle peut influencer ses résultats de recherche. J’y reviendrai plus loin. Le livre se compose, outre l’introduction et la conclusion, de cinq chapitres. Livrée dans l’introduction, la méthodologie ne laisse aucun doute sur les intentions de l’auteur : dans un désir de respecter les points de vue et les manières de penser l’histoire des Algonquins, il a choisi de faire cohabiter des sources de divers ordres, certaines dont la pertinence fait encore débat dans la communauté historienne. Ainsi, outre une approche archivistique classique, y compris grâce aux archives de Kitigan Zibi à laquelle il a eu accès, il a pris en compte des récits généralement qualifiés de « mythiques » et a recueilli lui-même des témoignages de première ou de seconde main auprès de gens de la communauté. Il s’agit donc d’une combinaison de sources typique de l’ethnohistoire, dont une bonne partie est inédite. La période historique couverte va de la deuxième moitié du 19e siècle, lorsque la réserve de Kitigan Zibi a été créée, à nos jours. Le premier chapitre pose le contexte, en particulier celui de la politique des Affaires indiennes dans le cadre des orientations nationale et internationale : volonté d’assimiler les Autochtones, dépossession de leurs terres, immigration et racialisation des populations, etc. Il fait aussi le point sur les rapports et les décisions des agents des Affaires indiennes responsables de Kitigan Zibi, décisions qui ont encore un poids dans la communauté. Le deuxième chapitre porte sur les stratégies économiques des Algonquins, désapprouvées par les gardes-chasse, mais qui ont permis aux familles de faire face à la Grande Dépression. Le troisième, le plus long, détaille la résistance politique face à la perte des territoires et à la marginalisation politique des Algonquins de Kitigan Zibi. Le quatrième insiste sur leurs relations avec les missionnaires Oblats de Marie-Immaculée et sur l’intégration du catholicisme dans la communauté. Enfin, le cinquième, qui a trait à la « culture » algonquine au 20e siècle — terme que l’anthropologue que je suis aurait voulu voir explicité —, contient principalement des histoires orales (mythes et récits). Ce livre, par son style fluide et accessible, intéressera le large public des gens férus d’études autochtones, algonquinistes et autres, mais aussi des canadianistes issus des sciences sociales qui aimeraient voir les perspectives habituelles un peu bousculées. Chacun y trouvera ses préférences. En ce qui me concerne, si j’ai apprécié l’ouvrage dans son ensemble, j’ai trouvé le chapitre 3 un peu …

Cadenas

L’accès à cet article est réservé aux institutions et personnes abonnées, seul le résumé ou un extrait est affiché.

Consultez nos options d’accès pour obtenir plus d’informations.

Options d’accès