Cet ouvrage regroupe quatorze textes présentés lors d’un colloque organisé en 2021 et propose de recontextualiser l’« événement structure » qu’est la Révolution tranquille dans une perception internationale, en s’intéressant tant aux influences extérieures qui ont inspiré les réformes des années 1960 qu’aux représentations du Québec, voire à la transposition du « modèle québécois », dans le reste du Canada et à l’étranger. La première partie de l’ouvrage étudie la culture politique émergente des années 1960 et 1970 et les réformes menées par l’État québécois. À l’image des « Ottawamen » au service du gouvernement fédéral, le cabinet Lesage s’est entouré d’un groupe de jeunes économistes, composé notamment de Jacques Parizeau, Claude Morin, André Marier et Jean Deschamps. Tous issus de milieux bourgeois, diplômés d’universités européennes et américaines, « favorables aux politiques keynésiennes et posséd[a]nt une certaine sensibilité nationaliste », constate Jean-Philippe Carlos (p. 27), ces acteurs ont joué un rôle central dans les réformes économiques du Québec et la création de la Caisse de dépôt et placement, inspirée du modèle français. Dans le domaine de la psychiatrie, les réformes mises en place après la Commission Bédard en 1962 ont permis « une transformation certaine du milieu asilaire [et] le développement de solutions de rechange à l’hospitalisation » (p. 52), note Alexandre Klein, mais ces changements restent limités et ont surtout conduit à accroître le rôle des psychiatres, aux dépens des femmes soignantes. Antoine Brousseau Desaulniers démontre que le concept de société distincte s’est enraciné pendant la Révolution tranquille comme la « nouvelle représentation de la société québécoise », au point de devenir « hégémonique au début des années 1980 » lorsqu’il est repris par Claude Ryan dans le Livre beige du Parti libéral. Mathieu Roy étudie les activités de la Société de développement de la Baie-James et voit dans la construction des villages de Radisson et de Chisasibi une transposition de « la société de loisirs » et du « modèle suburbain montréalais » dans le Nord, malgré la volonté des autorités de « tenir compte des symboles et des réalités culturelles autochtones dans l’aménagement de l’espace » (p. 100). Enfin, Xavier Gélinas présente le travail du journaliste Pierre de Bellefeuille dans la création et l’animation de la série radiophonique La Révolution tranquille, diffusée à partir de juin 1971 sur les ondes de Radio-Canada. La deuxième partie du livre est consacrée à la dimension internationale de la Révolution tranquille et aux liens qui se sont tissés avec l’étranger. Comme le démontre Serge Jaumain, les relations se sont intensifiées avec la Belgique, où « l’intérêt croissant de la presse francophone se combine avec un renforcement des liens dans de nombreux domaines » (p. 142), grâce à l’institutionnalisation d’échanges culturels et universitaires ainsi qu’à l’instauration d’une coopération entre les gouvernements belge et québécois. La Chine a suscité un intérêt important auprès des mouvements sociaux de gauche et des syndicats, constate Yuxi Liu, ainsi que dans les milieux universitaires, où des professeurs, notamment Paul Painchaud, ont contribué au développement des études sur la Chine et l’Asie dans les universités québécoises. Sarah Miles observe pour sa part que les « révolutionnaires indépendantistes » québécois se sont inspirés, dans leur vision du monde rural et de la réforme agraire, des discours tiers-mondistes et des modèles de l’Algérie et de Cuba. Dans son étude du quotidien torontois Globe and Mail, Sylvie Lacombe note que les réformes sociales du gouvernement Lesage, comme la refonte du système scolaire et la Loi sur la capacité juridique de la femme mariée, ont d’abord suscité « l’étonnement agréable » du journal. La conférence fédérale-provinciale de …
Carlos, Jean-Philippe et Stéphane Savard (dir.). La Révolution tranquille, entre l’ici et l’ailleurs. Québec, Septentrion, 2024, 324 p.[Notice]
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Samy Mesli
Université de Montréal
