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Comptes rendus

WALLOT, Jean-Pierre, dir., avec la collaboration de Pierre LANTHIER et Hubert WATELET, Constructions identitaires et pratiques sociales. Actes du colloque en hommage à Pierre Savard, tenu à l’Université d’Ottawa les 4, 5, 6 octobre 2000 (Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa/Centre de recherche en civilisation canadienne-française, 2002), 432 p.[Notice]

  • Guy Laperrière

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  • Guy Laperrière
    Département d’histoire
    Université de Sherbrooke

Pierre Savard aurait sans doute aimé ce volume de Mélanges publié à sa mémoire. Vingt communications dites savantes, autant de témoignages, habilement répartis, avec une bibliographie complète, compilée et présentée substantiellement par Marc Lebel. Les communications occupent 70 % des 420 pages de texte. Par quoi Savard aurait-il commencé sa lecture ? J’imagine qu’il aurait d’abord voulu se retrouver dans sa bonne ville de Québec et qu’il se serait plongé dans le texte de Ronald Rudin ; se lisant d’une traite, il décrit et analyse avec finesse les célébrations « grandioses » du 23 mai 1878 qui ont entouré la translation des restes de Mgr de Laval. Sur la même époque, Savard aurait ensuite dévoré l’article qui me paraît le plus novateur du recueil, celui de Jean-François Bélisle, qui trace un parallèle saisissant entre Garcia Moreno, le très catholique président de l’Équateur (1861-1875), et les ultramontains canadiens-français, dont son cher Tardivel. Solidement documenté, y compris aux sources en espagnol, ce texte ouvre des perspectives comparatistes qu’affectionnerait bien le Gérard Bouchard de Genèse des nations. De là, notre héros goûterait sans doute un voyage en Italie et ici, il serait gâté. Matteo Sanfilippo et Luca Codignola l’y guideraient eux-mêmes, en lui rappelant ses propres voyages et les voyageurs du xixe siècle qu’il a si volontiers décrits. Puis, Jean-Claude Dubé, tout pétri d’érudition humaniste, lui présenterait le voyage d’Italie d’un noble dauphinois, Florisel de Claveson (1575-1610), qui fit en 1608-1609 un pèlerinage à Lorette, l’ayant conduit à travers toute la péninsule. L’auteur de Jules-Paul Tardivel, la France et les États-Unis pourrait ensuite méditer avec Yvan Lamonde sur la politique canadienne de Rome et du Vatican entre 1830 et 1930 et se lamenter avec lui des positions pro-irlandaises du Saint-Siège. Il n’est pas jusqu’à l’article de Jean Roy, sur l’abandon du pèlerinage de la Tour des Martyrs de Saint-Célestin, dans le diocèse de Nicolet, dans les années 1950, qui ne lui rappellerait que cette ferveur pour les reliques était bien venue de Rome ; avec Mgr Albertus Martin, c’est le Centre marial canadien qui prit le dessus. Et puisque nous sommes au chapitre des voyages, Savard aurait sûrement apprécié l’article de Pierre Guillaume, sur la mission qu’Arthur de Gobineau mena à Terre-Neuve en 1859, faisant également escale à Sydney et à Halifax, en Nouvelle-Écosse. Ses descriptions (Voyage à Terre-Neuve, 1860) reflètent parfaitement les idées qu’il exprimait cinq ans plus tôt dans son Essai sur l’inégalité des races humaines. Mais qu’aurait pensé ce bon Savard du texte de son collègue Dimitri Kitsikis, sur le système de la synallélie, qui nous conduit du monde grec à l’empire byzantin et de Constantin au gouvernement Simitis (2000) ? Il aurait sans doute esquissé un large sourire face à ma mine déconfite par un survol si acrobatique... C’était là un premier aspect du recueil — en fait la seconde partie — qui nous a fait faire un beau voyage. La première partie nous ramène au Canada et nous interroge sur l’identité, un thème récurrent ces temps-ci, puisqu’il a fait l’objet du congrès 2002 de l’IHAF (Identités et mémoire). Cette partie aussi est bien riche et aurait sûrement plu à Savard. Elle s’ouvre sur deux communications des plus suggestives, qui traitent du rapport avec l’espace, celui de l’Ouest, mythe territorial que Christian Morissonneau suit depuis Cartier et Champlain, avec cette conclusion que, dès avant 1867, « la forme territoriale avait précédé le pays », et celui de l’Abitibi, pays de frontière, par la regrettée Odette Vincent, qui parle d’hybridité culturelle et fait bien ressortir « un Québec aux multiples identités …