La gestion de la classe est considérée comme étant la compétence la plus redoutée par les personnes enseignantes (Freiberg et al., 2020) et celle qui influence le plus les apprentissages des élèves (Bernier et al., 2021). Au Québec, le Programme de formation de l’école québécoise du primaire (MEQ, 2001) et celui du préscolaire (MEQ, 2023) sont prescriptifs et on y lit que l’école doit permettre aux élèves de devenir responsables et de demeurer actifs dans leurs apprentissages. Pour être en adéquation avec ces visées de l’école québécoise, des recherches, dont celle de Dumouchel (2017), prônent une gestion de la classe axée sur la responsabilisation des élèves. En effet, ce type de gestion de la classe permet à ces derniers de s’engager activement dans leurs apprentissages tant sociaux qu’académiques. Dans le cadre de mes études de maitrise, j’ai voulu approfondir ce type de gestion de la classe et la mettre en oeuvre dans ma pratique professionnelle. Cet article présente donc l’implantation d’une gestion de la classe responsabilisante dans ma classe préscolaire, en collaboration avec la professeure-chercheuse Dumouchel, ainsi que les conclusions qui ont résulté de cette expérimentation. Tout au long de l’année scolaire, afin d’optimaliser le processus de responsabilisation à travers ma gestion de la classe et de m’assurer de ne pas en dévier, la chercheuse et moi avions des rencontres planifiées mensuellement et je complétais quotidiennement un journal de bord. Cette démarche de réflexion itérative tant sur mes actions que sur leurs motifs et leurs incidences me permettait de soutenir et d’enrichir l’analyse de ma pratique. Tout d’abord, la responsabilisation est un « processus qui s’inscrit dans une relation de confiance et par lequel l’élève apprend à faire des choix en considérant ses besoins et ceux des autres; ainsi, il évalue et accepte leurs effets sur sa personne, sur les autres et sur son environnement » (Dumouchel et Di Mambro, 2023, p. 38). De ce fait, mes premières semaines ont été consacrées à créer cette relation de respect et de confiance mutuels avec les enfants de ma classe (Espinosa, 2016). J’ai donc appris à connaitre, entre autres, leurs besoins, leurs intérêts, leurs envies, leurs émotions et leurs limites en plus de me faire connaitre et de partager des moments agréables avec eux. Tout cela a permis de développer la qualité de notre relation éducative. Puis, pour assurer une gestion de la classe axée sur la responsabilisation, en plus d’établir une relation éducative de confiance avec les enfants, la personne enseignante doit prendre en compte les cinq conditions suivantes : 1) viser l’autodiscipline des enfants, 2) leur offrir des choix responsabilisants afin qu’ils exercent leur volonté, 3) les accompagner dans leur engagement envers leurs choix, 4) leur permettre et soutenir la modification de leurs choix ou la réparation des conséquences et 5) reconnaitre leur pouvoir (Dumouchel et Di Mambro, 2023). Ainsi, afin de mettre en oeuvre ces conditions, les premières semaines ont également servi à organiser la vie en classe. Par exemple, dès la première journée, les enfants ont choisi leur place aux tables et au coin de rassemblement en fonction de leurs besoins du moment. Certains se sont placés à côté d’un enfant qu’ils connaissaient déjà, d’autres sont venus spontanément près de moi ou se sont assis à une place aléatoire et certains ont préféré s’isoler un peu du groupe. Les jours suivants, mais aussi tout au long de l’année scolaire, j’ai accompagné les enfants à s’interroger sur leur choix et, s’il y avait lieu, à choisir une nouvelle place pour ensuite évaluer les effets de ce changement. J’ai procédé de cette même façon lors de la mise en place …
Parties annexes
Bibliographie
- Bernier, V., Gaudreau, N. et Massé, L. (2021). Pratiques de gestion de classe, expérience scolaire et accessibilité à la classe ordinaire : perceptions d’élèves présentant des difficultés comportementales. Revue des sciences de l’éducation, 47(1), 110-135. https://doi.org/10.7202/1081474ar
- Bucheton, D. et Soulé, Y. (2009). Les gestes professionnels et le jeu des postures de l’enseignant dans la classe : un multiagenda de préoccupations enchâssées. Éducation et didactique, 3(3), 29-48 https://doi.org/10.4000/educationdidactique.543
- Connac, S. (2019). Origines et valeurs des conseils coopératifs d’élèves. Éducation et socialisation, 53. https://doi.org/10.4000/edso.7281
- Dumouchel, M. (2017). L’articulation des liens entre la gestion de la classe et la didactique des mathématiques dans un paradigme constructiviste [thèse de doctorat, Université du Québec en Outaouais]. https://archipel.uqam.ca/12224/1/D3297.pdf
- Dumouchel, M. et Di Mambro, N. (2023). La responsabilisation, pierre angulaire de la gestion de la classe. Dans F. Dufour et M. Dumouchel (dir.), La gestion de la classe, innover par un modèle personnalisé (p. 37-48). Éditions CEC.
- Espinosa, G. (2016). Affectivité, relation enseignant/e-élève et rapport à l’enseignant/e : contribution à une réflexion sur les caractéristiques d’une relation réussie. Recherches en éducation, 26. https://doi.org/10.4000/ree.6663
- Freiberg, H., Oviatt, D. et Naveira, E. (2020). Classroom management meta-review continuation of research-based programs for preventing and solving discipline problems. Journal of Education for Students Placed at Risk, 25(4), 319-337. https://doi.org/10.1080/10824669.2020.1757454
- Ministère de l’Éducation du Québec. (2001). Programme de formation de l’école québécoise, éducation préscolaire et enseignement primaire. Gouvernement du Québec.
- Ministère de l’Éducation du Québec. (2023). Programme-cycle de l’éducation préscolaire (2e éd.). Gouvernement du Québec.
- Sénéchal, K., Dumouchel, M. et Messier, G. (2025). Pratiques déclarées, ressentis et représentations d’enseignantes du primaire québécois à propos de l’évaluation en contexte d’oral réflexif : essai de mise en cohérence de la didactique et de la gestion de la classe. Phronesis, 14(1), 95–116. https://doi.org/10.7202/1116126ar

