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ChroniquesÉthique enseignante et droit scolaire

Entre impartialité et défense des droits de la personne : traiter les thèmes sensibles en classe[Notice]

  • Bruce Maxwell et
  • Lise De Souter

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  • Bruce Maxwell Université de Montréal (Canada)

  • Lise De Souter Université de Montréal (Canada)

Les conflits internationaux, l’identité de genre, le racisme systémique… la société, les élèves et leurs parents attendent souvent des enseignants qu’ils fassent preuve d’impartialité lorsqu’ils abordent des thèmes sensibles en classe. L’impartialité de l’enseignant, au sens où nous l’entendons, signifie qu’un enseignant se doit de présenter différents points de vue sur un thème sensible d’une manière équilibrée. Comprise de cette manière, l’impartialité enseignante comprend la nécessité de permettre l’expression de multiples points de vue sur une question sensible, même si certaines perspectives peuvent s’avérer intolérantes, voire offensantes, pour certains élèves. En plus, la discussion d’un thème sensible peut amener les élèves à exprimer des points de vue irrespectueux des droits de la personne ou qui portent atteinte à la dignité humaine. Dans ces situations, le personnel enseignant serait dans l’obligation professionnelle de veiller à ce que les salles de classe restent des lieux accueillants et inclusifs pour tous les élèves. La personne enseignante se trouve alors en équilibre sur un fil mince, oscillant entre d’un côté le devoir d’impartialité et, de l’autre, celui de garantir un environnement respectueux des droits et de la dignité de la personne. Tandis qu’agir en défenseur des droits et de la dignité pourrait sembler compromettre le devoir d’impartialité, de la même manière, faire taire un élève avec un argument d’autorité ne saurait que limiter la réflexion de l’élève et, éventuellement, dégrader les dynamiques de discussion. Cet article examine cette tension sous l’angle des travaux sur le respect du droit des élèves à la liberté de religion et de conscience dans les écoles publiques laïques. Il propose et défend un ensemble de lignes pédagogiques de base permettant aux enseignants de maintenir une position professionnelle d’impartialité sans renoncer à leur responsabilité d’agir en tant que défenseurs des droits de la personne. En enseignement, il existe une attente, fondée sur les normes professionnelles, les codes de conduite professionnelle du personnel enseignant et la jurisprudence sur leur liberté d’expression, selon laquelle les enseignantes et les enseignants doivent adopter une position d’impartialité lorsqu’ils abordent des thèmes sensibles à l’école, que ce soit en classe, lors des discussions informelles avec leurs élèves, ou ailleurs. De manière générale, ils doivent s’abstenir d’enseigner ou discuter de ces thèmes d’une manière qui favorise un point de vue particulier et, le cas échéant, doivent s’efforcer de présenter de manière équilibrée les différents points de vue. En ce qui concerne la norme professionnelle d’impartialité, les recherches sur le point de vue des enseignants ont montré qu’ils déclarent préférer l’impartialité lorsqu’ils abordent des questions sensibles (voir, par exemple, Geller, 2020; Hess, 2004; Journell, 2016; Kus et Oztürk, 2019; Misco et Patterson, 2007; Nganga et al., 2020; Oulton et al., 2004). Concernant les codes de conduite professionnelle, un tiers des 12 codes de conduite professionnelle des enseignants en vigueur au Canada mentionnent explicitement le devoir de traiter les questions sensibles et controversées avec tact et impartialité (Maxwell et Schwimmer, 2016). De plus, la société, par l’intermédiaire des tribunaux, attend également des enseignants qu’ils fassent preuve d’impartialité dans leur rôle professionnel. La jurisprudence a affirmé à plusieurs reprises que l’impartialité des enseignants est une caractéristique déterminante de l’exercice « raisonnable et responsable » de leur liberté d’expression en classe (Maxwell et al., 2020). Parallèlement au devoir d’impartialité, la Loi sur l’instruction publique et d’autres lois provinciales et fédérales exigent des enseignants qu’ils s’efforcent de promouvoir, de faire progresser et de protéger les droits de la personne, la dignité humaine et la justice sociale. Il s’agit d’une obligation de traiter les élèves de manière équitable, respectueuse et non discriminatoire. Ce devoir, en plus d’être invoqué dans presque tous les codes …

Parties annexes