Les pages suivantes présentent la transcription de trois lettres autographes de George Sand adressées à sa fille Solange Dudevant entre le 8 janvier 1860 et le 24 avril 1863. Les documents originaux sont conservés à la Division de la gestion des documents administratifs et des archives historiques de l’Université Laval dans le Fonds Perrault (P273/8/81). Afin de faciliter leur identification, nous avons pris l’initiative de numéroter, par l’ajout d’un titre, les missives selon l’ordre chronologique de leur écriture. L’authenticité de ces lettres a été attestée par Pierre Cornuau, expert en autographes près le Tribunal civil de la Seine. À l’époque où elle rédige ces lettres, George Sand est à l’aube de la soixantaine et habite son domaine de Nohant. Elle se consacre à l’écriture, mais aussi au jardinage et participe à la vie de la communauté, entre autres, en soignant ses voisins à l’aide de plantes médicinales. Quoi qu’elle ait touché à plusieurs genres de textes dans sa carrière littéraire, passant du théâtre à l’essai politique, c’est l’écriture de romans qui l’occupe principalement pendant cette période. Elle publie, entre autres, La Ville noire, Le Marquis de Villemer, Valvèdre, Ramaris et Mademoiselle La Quintinie durant ce cycle romanesque (1860-1863). Solange quant à elle, habite Paris de manière officielle, mais voyage régulièrement. Ma chère grande fille, Manceau m’a beaucoup grognée parce que je vous avais remerciée trop tôt de votre souhait de Nouvel An. Voilà l’histoire : la mignonne lettre et les jolies cravates étaient dans une malle à lui contenant d’autres objets que je l’avais chargé de m’acheter. Il n’y a pas fait attention et j’ai tout déballé : tandis que vous vouliez que cela me fût donné le 1er janvier. Mais moi je vous ai remerciée et bigée tout de suite. Bien m’en a pris, du reste, car le jour de l’An a été [p. 2] pour moi assez maussade. J’ai été très souffrante et j’ai repris la fièvre dont je ne suis pas encore bien débarrassée. Ce n’est rien, ça n’a pas rapport avec ma maladie. C’est une colique de bile, une des choses les plus douloureuses que je connaisse, mais c’est passé et il n’y faut plus penser. Seulement la fatigue et la lutte de la fièvre avec le quinium me font passer des jours assez bêtes. Je ne sais pas vivre sans m’occuper, et, je ne peux pas m’occuper. J’attends avec impatience que mes forces reviennent pour m’élancer dans le midi où au moins je verrai du vrai soleil et du beau ciel. [p. 3] Avant de partir, je veux faire quelques arrangements à mon jardin et j’ai besoin d’une botaniste de ma force pour m’aider. Donc, ouvrez l’oreille et soyez une belle fille bien sage pour faire ce que je vais vous demander. Vous avez vu que mes gazons étaient à peu près aussi touffus que la chevelure à Manceau. Il s’agit de les renouveler, mais pas en ray-grass : ça réussit très mal, malgré tous les soins possibles dans notre terrain archi-calcaire ; bon, mais épais et trop sujet à se gercer et à fendre au soleil. En outre, le terrain où vont ces gazons est très planté par endroits et loin des gazons. Le ray-grass surtout ne [p. 4] pousse pas à l’ombre. Donc, il faudrait un autre gazon, mais je ne sais pas lequel. Mon jardinier dit le pâturin des bois. Je n’ai pas rêvé que vous étiez liée avec Mme Vilmorin et qu’elle était très forte botaniste ? Si ce n’est elle que vous consulterez, que ce soit une personne compétente et faites-moi envoyer la dite graine avant la fin …
Lettres de George Sand à sa fille Solange Dudevant[Notice]
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Noëlline Pellerin Université Laval, Québec
